
En prélude à une plus vaste publication, le Céreq édite un bulletin de recherche explorant les aspirations et démarches professionnelles six ans après le premier emploi.
Une étude collective du Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Cereq) consacrée aux jeunes actifs rapporte une volonté de réorientation professionnelle pour plus d’un tiers d’entre eux.
Pourtant pas de désengagement chez eux, car ils s’avèrent plutôt épanouis dans leur emploi, Les raisons de cette volonté de réorientation seraient plutôt à chercher dans « des tensions structurelles entre un système éducatif peu propice à l’expérimentation, un marché du travail marqué par la flexibilité et des conditions de travail et d’emploi souvent dégradées en début de carrière. »
Pour parvenir à ces conclusions, les quatre auteures sociologues, Élise Tenret, Maëlezig Bigi, Dominique Méda et Élise Verley ont disséqué des données des enquêtes Céreq 2023 et 2020 auprès de la génération 2017 ainsi que des sources de données complémentaires.
Ce bulletin du Céreq intitulé Des jeunes actifs satisfaits mais en quête d’ailleurs : les ressorts d’un paradoxe. a été réalisé avec le soutien de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (l’Injep) qui éditera en 2026 un rapport détaillé.
Désir de mobilité
L’enquête 2020 du Céreq auprès de la génération 2017 révèle que plus d’un jeune actif sur 5 cherche un emploi en parallèle du sien. En outre plus d’un tiers (36 %) envisage une réorientation. L’enquête 2023 vient en préciser les motivations. La majorité des démarches (92 % ) visent à changer de métier ou de secteur d’activité (82 %). Viennent ensuite la volonté changer de statut pour 55 % ou de lieu de vie pour 34 %.
Paradoxalement ces souhaits de mobilité touchent des actifs épanouis dans leur emploi, quasiment autant que ceux en mal d’accomplissement. Cependant les conditions de travail dégradées en début de carrière alimentent les souhaits de reconversion selon les études liées à l’emploi articulées avec les données de l’enquête Génération du Céreq dans ce travail collectif.
Peu d’aboutissement dans les démarches
Le niveau de diplôme influe sur la mise en action et l’aboutissement des démarches parmi les jeunes ayant souhaité se réorienter. Ainsi si les non diplômés émettent autant que les autres le souhait de se réorienter, ce sont ceux qui aboutissent le moins dans leurs démarches. De surcroit ils réussissent rarement leur processus de réorientation (5%). Les jeunes aux parcours les moins linéaires avec accès tardif à l’activité ou chômage persistant sont aussi ceux qui ont le moins de chance de réussir leur projet à court terme (moins de 3 ans).
Tous niveaux confondus, seuls 23 % des jeunes actifs ont entrepris des démarches pour se réorienter pour 12 % de processus de réorientation réussis.
Des hypothèses et des pistes pour optimiser les parcours
Pour les auteures du Bulletin de recherche du Céreq, les nombreux désirs de réorientation des néo-professionnels prouvent leur adaptation au marché du travail et des nouvelles normes de mobilité professionnelle. Lequel demande par exemple de ne plus se projeter dans un emploi à vie et de changer à plusieurs reprises d’employeurs dans sa carrière. Les aspirations des jeunes devraient ainsi être comprises en lien avec les conditions concrètes dans lesquelles elles s’inscrivent, le parcours de formation et le contexte d’insertion notamment.
Par ailleurs la réorientation professionnelle serait un moyen de redonner du sens à un parcours contraint par un système éducatif rigide et la rigidité des cursus. Pour y remédier, les sociologues de cette étude du Céreq appellent à une plus grande part d’expérimentation dans les parcours scolaires.
