
Au CFPPA Les Vaseix-Bellac, Eva Fleury est la coordinatrice du programme OSE pour Oser, Se motiver, Exister. Ce projet est mené en consortium avec l’ASFEL (Association Service Formation Emploi Limousin), il est lauréat de l’AMI O2R pour la période 2026-2028.
OSE est-il le premier projet de ce genre qu’anime le CFPPA ?
Nous assurons la coordination du programme OSE tout au long du parcours, nous faisons le lien entre les institutions, les structures professionnelles et le SPE. Ce projet est une nouveauté pour nous parce que le public visé est assez différent de celui de nos autres actions, notamment notre dispositif « Socle ». Dans le cadre O2R, on parle d’un public vraiment invisible, pas forcément lié à des structures d’insertion. Dans les profils que nous rencontrons, nous avons des personnes en situation de handicap, des parents isolés, des aidants familiaux, des résidents de la ZRR. Leur point commun est d’être des personnes invisibles, recluses et très isolées qui, compte tenu de leur situation, ont rompu ou ne peuvent plus faire le lien avec les structures. Ce sont ces personnes « invisibles » que nous souhaitons rendre visibles.
Vous êtes dans la phase de repérage, comment avez-vous abordé cette question ?
Toute la partie développement de partenariats avait déjà été réalisée dans d’autres dispositifs, mais nous poursuivons la prospection vers nos partenaires locaux. Nous avons aussi développé des partenariats avec les élus de terrain, pour voir comment nous pourrions développer OSE au fur et à mesure. À Bellac, contrairement à Limoges, il faut essayer au maximum de développer ces partenariats, afin de trouver des solutions, par exemple sur la question de la mobilité, qui nous interroge beaucoup et qui nous oblige à réduire le spectre de recherche, en tout cas actuellement.
Lorsque l’on présente OSE aux futurs partenaires, on leur parle du principe des différentes phases, en insistant sur celle de remobilisation. Ils ont besoin de s’acclimater à ce nouveau dispositif qui n’est pas forcément connu. On leur explique en utilisant des visuels, en simplifiant la démarche, ça leur parle mieux. On échange également sur des cas concrets, pour qu’ils comprennent mieux de quel public il s’agit, au moins en théorie.
Comment précédez-vous pour repérer vos bénéficiaires potentiels ?
Pour le public, la nouveauté ce sont les rendez-vous café que nous avons mis en place avec les Restos du cœur et le Secours populaire à Bellac, ainsi que l’utilisation des réseaux sociaux. De plus, on s’appuie sur le bouche-à-oreille par le biais de nos anciens stagiaires. Ce qui est particulier avec OSE, c’est que nous avons inclus dans la phase de repérage un « sas » de deux ou trois semaines, une sorte de transition proposée aux bénéficiaires avant d’entamer la phase de remobilisation. Il permet en quelque sorte à la personne de tester le dispositif, sans pression, afin qu’elle nous dise si elle se sent prête à poursuivre le parcours. À raison de deux jours par semaine, on l’accompagne en suivant un rythme individualisé, sans programme formalisé, de manière à ne pas la brusquer.
Quels sont les critères qui vont vous convaincre qu’une personne est prêtre pour la remobilisation ?
On se base sur la volonté qu’elle exprime de poursuivre l’expérience avec nous. L’idée c’est que la personne nous donne son aval pour commencer un parcours, entamer un changement. On est sur du déclaratif, on ne lui fait rien signer à ce stade, parce que nous voulons sortir du cadre institutionnel. On ne veut pas risquer d’effrayer la personne avec des écrits et des documents. Cela dit, forcément, à un moment du parcours, elle devra s’engager par contrat, mais pas lors du « sas » de deux ou trois semaines.
Quel programme prévoyez-vous pendant ces deux mois ?
Nous proposons aux participants différents ateliers d’expression artistique, de médiation animale, de communication non violente, de jeux collectifs. Ils durent chacun trois heures, à un rythme de deux jours et demi par semaine, pour une question de charge mentale. Notre idée est d’impliquer les gens en douceur. Nous voulons vraiment sortir de la logique de formation classique, le but c’est d’amener petit à petit les personnes à s’ouvrir à nouveau, parce qu’elles peuvent être introverties vis-à-vis de l’extérieur, en fonction de leur situation et de leur vécu.
Quel est le discours que vous tenez aux participants ?
Notre volonté est de replacer le stagiaire ou le potentiel bénéficiaire au cœur du dispositif. C’est là que réside la difficulté, parce que même si on fait une approche qui semble positive par nature, la personne peut avoir des doutes, ou changer d’avis en cours de route, on marche un peu sur des œufs. C’est tout l’intérêt de notre sas de « pré remobilisation ». Nous laissons au stagiaire la responsabilité de valider ou pas. En quelque sorte on inverse les rôles. On lui pose différentes questions, qu’est-ce que tu proposes ? Est-ce que tu es prêt à changer ? Est-ce que tu es prêt à continuer l’aventure avec nous ? Ce n’est pas une structure d’insertion qui fait le lien, c’est nous qui faisons le lien.
Qu’en est-il de l’accompagnement ?
Ce sont nos partenaires de l’ASFEL qui interviennent dans la phase d’accompagnement, qui peut durer jusqu’à six mois. Ils interviennent pour consolider leur projet, avec des ateliers sur les savoir-être, des espaces langue pour le français, des suivis psychologiques et entretiens individuels et accompagnement personnalisé. Cet accompagnement se fait aussi avec ce que le bénéficiaire propose, demande, et donc il est construit au cas par cas. Nous n’établissons pas un plan de marche détaillé en amont, nous le déterminons en cours d’accompagnement, en fonction des besoins de chaque personne. Comme pour la remobilisation, nous ne voulons pas brusquer les personnes, qui peuvent être très renfermées. Nous cherchons à créer les conditions pour qu’elles s‘ouvrent aux autres, qu’elles participent vraiment aux ateliers, aux espaces d’écoute et d’échange qu’on leur propose.
À vrai dire on ne distingue pas clairement les phases de remobilisation et d’accompagnement, elles se déroulent au gré des ateliers. La mise en phase d’OSE nous permet aussi de faire le tri entre ce qui fonctionne et ce qui ne marche pas, ce qui nous aidera à nous remettre en question
À quel moment commencez-vous à parler de projet ?
Nous avons pris le parti pris de ne pas évoquer le projet, mais d’individualiser le propos. On ne s’interdit pas de parler de projet, on le fait au travers de l’accompagnement, parfois avant, mais on va plutôt évoquer les ateliers, les temps d’échange, les « bulles d’écoute ». J’utilise des termes très peu formels, toujours pour éviter l’écueil institutionnel. Mais ça dépend bien sûr de chaque individu. Si un jeune utilise lui-même le terme projet, cela veut dire que c’est un mot qui ne lui fait pas peur. Lors des rendez-vous café c’est ce que je faisais, je nommais précisément les choses, j’allais vers du concret, tout en étant à l’écoute parce que les personnes bien sûr me parlent de leur vie, se confient.
Quel est votre objectif en termes de nombre de personnes accompagnées ?
Pour lancer le dispositif, nous avons prévu une session de six personnes sur l’année scolaire en cours. Nous ferons le point en septembre pour voir comment on peut développer l’action. Le fait d’être situés à Bellac réduit forcément le nombre de personnes par session que nous pouvons envisager. Nous comptons sur le bouche-à-oreille. Nous pensons que plus nous mettrons de sessions en place, plus il y aura cette envie chez les gens de tenter l’expérience.
Cet article est publié pour le compte de « La Place », la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs de l’AMI O2R et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :
