Parrains pour l’insertion

Paroles d’acteurs #Jeunes

Créée en 2005, l’association NQT (« Nos Quartiers ont des Talents ») accompagne les jeunes diplômés (Bac +3 et plus) de moins de trente-et-un an, issus de milieux modestes, vers l’emploi, l’alternance et la création d’entreprise grâce à un programme de parrainage professionnel. Sur le plan national, elle rassemble plus de 500 entreprises partenaires et près de 16 800 « mentors ». Ce sont les entreprises qui adhèrent à l’association, puis mettent à disposition leurs collaborateurs qui consacrent une à deux heures par mois à l’accompagnement des jeunes.

Le mentorat est donc le cœur de métier de NQT. Pour Noëlie Médard, déléguée régionale, « le vrai travail du mentor, c’est de travailler la confiance des jeunes. Dans le climat actuel, politique et économique, c’est très compliqué pour eux. Ils ont besoin qu’on leur redonne un peu confiance et qu’on les guide dans la méthode de recherche d’emploi, à savoir par quoi commencer, comment contacter et relancer des employeurs, toutes choses que l’on n’apprend pas forcément à l’école. »

Chaque jeune se voit attribuer un mentor pour une durée moyenne de trois mois s’il vise une entrée en alternance, cinq à six mois lorsqu’il s’agit de trouver un emploi. Tout dépend des domaines recherchés. Dans la communication, le délai peut être un peu plus long que dans l’ingénierie qui peut déboucher sur un poste assez rapidement. Les chiffres nationaux montrent qu’un jeune accompagné par une structure, particulièrement s’il est issu d’un quartier difficile, réduit son temps de recherche de trois à quatre fois.

Une diversité d’ateliers

En complément du mentorat, NQT propose des ateliers animés par une entreprise partenaire et des professionnels, qui se déroulent en présentiel à Bordeaux, La Rochelle, Poitiers, Limoges ou autres villes du territoire, ainsi qu’un à deux webinaires nationaux par semaine. « Les thématiques abordées sont très diverses, la gestion du stress, comment présenter sa candidature, comment se démarquer, comment préparer son pitch, quelles sont les attentes d’un recruteur, quelles sont les dix raisons qui font qu’on ne décrochera pas le poste, la question de la rémunération. Des choses très concrètes. »

Tout est gratuit pour les jeunes, qui ont parfois besoin de se retrouver entre pairs, de constater que d’autres rencontrent les mêmes difficultés qu’eux. Des réunions sont organisées pour une quinzaine de participants avec un mentor, à raison de un à deux ateliers par semaine en Nouvelle-Aquitaine. Il n’y a aucune obligation à s’inscrire, mais ceux qui participent activement trouvent en général plus rapidement un emploi ou une alternance. NQT a également signé un partenariat avec Linkedin qui anime ses propres ateliers, dont peuvent bénéficier ses jeunes. Viennent s’ajouter des « speed coachings » où une vingtaine de mentors et une vingtaine de diplômés se rencontrent sur un format court, ce qui permet à ces derniers de rencontrer en deux heures un large panel d’entreprises différentes.

Côté publics, une des raisons de la création de NQT était la croyance très répandue, pendant longtemps, selon laquelle les jeunes diplômés étaient forcément autonomes dans leur recherche d’emploi. Mais pour un étudiant issu d’un milieu modeste en master de psychologie, sociologie ou géographie, la recherche de débouchés n’a rien d’évident. Alors que pour un jeune titulaire d’un bac pro électricien, le « marché » est plus ouvert. Donc ils sont souvent livrés à eux-mêmes alors que certains auraient grand besoin d’être accompagnés.

Les besoins des jeunes diplômés ne résident pas tant dans les outils classiques, CV ou les lettres de motivation, mais dans la connaissance et la maîtrise du marché de l’emploi. Parfois, ils entendent, lors de leur formation en école, qu’ils valent 50 000 euros par an à vingt-deux ans, sans expérience. Mais une fois confrontés aux annonces, rien ne correspond à cette perspective. De plus, on sait qu’un jeune diplômé issu des quartiers ou d’un milieu social défavorisé a quatre fois moins de chances de s’insérer qu’un de ses camarades qui a des parents cadres.

En nouvelle Aquitaine, NQT accompagne environ 1 800 jeunes à l’année. Ils n’ont pas tous besoin des ateliers, chacun fait en fonction de ses envies, du temps et de son profil. Certains vont participer à toutes les animations, d’autres à quelques-unes et vont trouver très rapidement. D’autres encore ne sont présents à aucune, soit parce qu’ils ne sont pas intéressés, soit parce qu’ils ne sont pas prêts. « Nous avons énormément de jeunes boursiers aujourd’hui, ainsi que de bénéficiaires du RSA, surtout depuis le Covid. Et je n’ai jamais eu autant de jeunes dont un des deux parents est sans emploi, ainsi que beaucoup en recherche depuis plus de six mois et qui sont bénéficiaires des minima sociaux. On refuse rarement du monde. Si on refuse, on leur propose dès le lendemain une solution. »

Les mentors, quant à eux, n’ont aucune obligation de se former, mais ils doivent nécessairement passer par un premier entretien téléphonique afin que NQT leur explique les bases de leur mission. Ils ont à leur disposition un éventail de contenus en ligne, des guides pratiques et des vidéos. Ils peuvent aussi assister en distanciel, ou en présentiel, à des formations de mentors au niveau national. Les jeunes ont également accès à toute une série d’outils à distance, des tests de perfectionnement, d’auto-évaluation, psychologiques, des moocs, des cours de langue, des tutoriels vidéo accessibles à tout moment. Ils peuvent ainsi se former en autonomie et passer des certifications.

Des mentors aux profils variés

« Les professionnels qui animent nos ateliers peuvent présenter un profil RH, mais pas seulement. En grande majorité ce sont des managers, des cadres ou assimilés avec des fonctions de management. Ils sont issus de tous les secteurs d’activité, la santé, la logistique, le commerce, l’informatique, le sport… et travaillent dans des entreprises de toutes tailles. Nous tenons à ce que des PME et des TPE soient représentées. On fait en sorte que lorsque les jeunes s’inscrivent à un atelier, ils connaissent la thématique, mais pas l’entreprise qui sera présente. »

En moyenne, un mentor accompagne environ trois jeunes à l’année. La plupart assument ce rôle pendant sept ans.  NQT s’adapte à leur planning et leurs disponibilités. La plupart des mentors ont la cinquantaine, ils ont des enfants du même âge que ceux qu’ils parrainent. « Le plus souvent ces jeunes n’ont pas le même rapport au travail qu’eux. À ce sujet, on envisage prochainement de programmer un atelier pour mieux décrypter la génération Z à l’usage des recruteurs. »  

Si un jeune a pour objectif de ne pas quitter sa ville de résidence, ce qui est légitime, il faut lui faire admettre qu’il ne pourra pas être responsable commercial à vingt-ans. Aujourd’hui, beaucoup ne veulent plus venir habiter dans une grande ville, mais plutôt à la campagne parce que les loyers sont moins chers. Le plus important est qu’ils soient en phase avec leurs choix, ne pas espérer faire des horaires de bureaux normaux s’ils veulent être avocats ou juristes en entreprise. Tout est possible, mais il existe également un certain nombre de réalités incontournables.

Les entreprises adhérentes ont envie de s’engager dans une démarche RSE. Elles savent qu’elles ont un rôle sociétal à jouer, et qu’elles ont tout intérêt à contribuer à la politique de l’emploi. Parfois, le dirigeant est parti de rien, il a gravi les échelons un à un, il sait combien c’est dur, et veut rendre la pareille. D’autres professionnels ont des enfants de collaborateurs qui connaissent des difficultés. Dans tous les cas, les entreprises s’ouvrent à un public auquel elles ont peu ou pas accès, ce qui leur permet à terme de diversifier leurs effectifs.

La formule NQT porte ses fruits puisque près des trois quarts des jeunes trouvent un emploi ou une alternance à la suite du parrainage. L’association veut poursuivre son effort, et elle espère diversifier ses sources de financement, qui reposent essentiellement sur des fonds privés, ce qui est une force. « Aujourd’hui l’équipe NQT en Nouvelle-Aquitaine, c’est neuf permanents sur trois bureaux situés à La Rochelle, Angoulême et Bordeaux. J’aimerais que nous trouvions les moyens d’en ouvrir un dans les Pyrénées-Atlantiques. La présence locale est primordiale, ainsi que notre connaissance des territoires, cela rassure les entreprises. »

« Dans les mois et années à venir, je pense que les QPV vont être un vrai sujet. Notre rôle va être plus que jamais important et complémentaire de celui des associations qui y sont implantées. Le mentorat sera crucial pour ces jeunes-là. Même si nous constatons que la pression sur les collaborateurs est plus intense qu’avant et qu’ils sont moins disponibles, nous avons la chance de pouvoir compter sur des mentors et des entreprises très engagés. »