MEM, concilier projet professionnel et parentalité

Paroles d’acteurs #Femmes

Le programme MEM, animé par l’association WeJob, s’adresse à des femmes en difficulté, résidant en QPV, pour les aider à construire et valider leur projet professionnel avec l’objectif d’accéder à l’emploi ou à la formation. Son originalité est de leur proposer à chaque session, un service de garde d’enfants, pour faciliter leur participation en levant un frein à leur mobilisation.

La création du dispositif MEM résulte de l’analyse d’un besoin du territoire. Le programme a fait l’objet d’une expérimentation en 2020, grâce à des financements de la métropole et de la Région Nouvelle-Aquitaine, la CAF, la Fondation EDF, la préfecture… Dès l’origine, il était destiné à s’implanter dans les quartiers prioritaires politiques de la ville au contact des femmes qui ont besoin de construire leur projet professionnel, et qui, en raison de l’absence de places en crèches, doivent s’occuper de leur enfant de moins de trois ans.

Selon Claire Dumey, coordinatrice, « ce programme apporte une solution de garde au sens où lors de chacune de nos interventions, une structure d’accueil petite enfance prend en charge jusqu’à cinq enfants de plus de six mois, pendant que les participantes bénéficient d’un accompagnement à la construction de leur projet professionnel et recherche d’emploi. »

Pour ce qui est des participantes, priorité est donnée aux personnes n’ayant pas travaillé depuis deux ans, résidantes en QPV ou bénéficiaires des minima-sociaux, notamment depuis que le Département de la Gironde contribue au financement du programme. Leur niveau de formation est le plus souvent infra-bac mais il arrive que des titulaires d’un bac ou d’un bac +2 soient acceptés. Leur niveau de maitrise de la langue doit être suffisant pour ne pas les mettre en difficulté, sachant qu’une des caractéristiques du programme est de travailler aussi la remise à niveau en français, avec la collaboration du CLAP Sud-Ouest. MEM s’adresse d’abord aux femmes, mais le programme est mixte, même si la présence masculine reste rare.

Le programme prévoit six sessions par an, chacune d’une durée de cinq à six semaines au sein d’un QPV de Pessac, Talence, Bègles, Lormont, Floirac ou Bordeaux. Depuis un peu plus d’un an, des sessions se déroulent également en Sud Gironde, à Toulenne ou La Réole, sous le nom de « FEMM ». Les groupes sont accueillis dans les locaux d’un centre social, un organisme de formation ou une maison des sports et de la culture. À raison de trois jours par semaine, sauf le mercredi et hors périodes de vacances scolaires. Ce principe de programme itinérant, a été proposé aux villes il y a cinq ans, qui l’ont accepté à l’époque, même si certaines se verraient bien recevoir plusieurs sessions par an.

La jauge maximale d’un groupe est de douze adultes et de cinq enfants accueillis à la crèche mobile. Les sessions sont encadrées par deux conseillères en insertion professionnelle expérimentées, avec des connaissances en coordination et gestion de projet. « La même équipe a assuré le travail pendant trois ans. Un nouveau binôme a récemment pris le relais. En sud Gironde, c’est la même personne depuis un an et demi, pour assurer quatre sessions. »

Pendant quatre semaines, les participantes suivent des ateliers aux thématiques variées, notamment de reprise de confiance en soi et de socio-esthétique. On leur propose des animations sur la parentalité, sur l’articulation entre vie personnelle et vie professionnelle, une sensibilisation aux modes de garde et financements existants, ou comment la vie de parent peut s’harmoniser avec leur projet.

Le programme inclut également des rencontres avec des intervenants extérieurs, des visites d’entreprises, des découvertes métiers, ainsi qu’un travail sur les outils et techniques de recherche d’emploi. Chaque session se termine par un job dating. MEM ne se résume pas à une phase collective, mais il continue sous forme d’un suivi individuel de cinq mois, nécessaires pour valider et valoriser l’ensemble de la démarche afin d’accéder à la première marche de l’emploi.

L’accueil petite enfance en solution de garde itinérante nécessite une logistique assez importante qui consiste à déplacer et installer le matériel de puériculture, (matelas, chauffe biberon, table à langer etc…), et les jeux (dinette, voitures, livres etc..) dans des lieux différents à chaque session. Le service est assuré par des assistantes maternelles de l’association Brins d’éveil, une ou deux selon les sessions. Ces professionnelles sont détachées le temps du programme.

« Notre ambition c’est que les personnes se réapproprient leurs envies et leurs objectifs. Nous clôturons nos sessions par un job dating pour parler de leur projet professionnel, entrer en contact avec des professionnels qui vont écouter leur pitch, les conseiller sur leur CV et leur posture. »

C’est la même équipe qui s’occupe du repérage. Au moment où une session se déroule, par exemple à Talence, une des deux conseillères entame le repérage dans la prochaine ville de destination. Elle fait le tour des acteurs locaux, les associations locales, les crèches… Elle va également à la rencontre des participantes potentielles à la sortie des écoles, afin de leur demander si elles ont besoin de construire leur projet professionnel.

« On essaie de présenter les choses de la façon la plus simple possible. On leur dit que notre action est là pour les aider à retrouver un emploi. Quand on les rencontre dans la rue elles ne savent pas forcément dire non, mais plutôt pourquoi pas ? Souvent elles ne sont pas prêtes, mais ça leur fait du bien d’entendre qu’on va leur proposer un mode de garde. Cela dit, il y a un vrai travail à effectuer avant de monter à bord. Elles viennent à la réunion d’informations mais pour beaucoup, ça s’arrête à ce stade. Le repérage n’est pas facile, il faut détecter les personnes en capacité d’avancer sur leur projet si on les aide à lever leurs freins. »  Les entretiens individuels sont menés à l’issue de la réunion d’information, puis à l’entrée dans le dispositif la semaine d’après.

MEM souhaite permettre aux bénéficiaires d’élaborer des scénarios de projets professionnels, des projections cohérentes avec ce qu’elles souhaitent et ce qui est possible au regard du marché de l’emploi. Les cinq mois de suivi permettent de valider ces scénarios, d’effectuer des PMSMP et des périodes d’immersion, participer à d’autres job dating, répondre à des offres.

Sur Bordeaux Métropole en 2025, MEM a permis d’accompagner 69 personnes en 2025. Six mois après leur participation, 58% des bénéficiaires sont en emploi et/ou en formation qualifiante. Dans le même temps, en sud Gironde, quatre sessions ont pris place, avec des résultats similaires. « La régularité paie, on revient tous les ans et on continue à communiquer. Quand on travaille avec un faisceau de partenaires, on voit que ça prend mieux. On voit aussi que le public adhère mieux. »