
L’association Transition 64, située à Mourenx, déploie plusieurs dispositifs sur le territoire de l’Ouest-Béarn. En consortium avec le centre social Lo Solan, lui aussi de Mourenx, elle a été retenue par l’AMI O2R pour son projet « À vos côtés, vers l’emploi ». Emmanuelle Inchauspé-Puntous est chargée de projets PLIE et O2R.
Pour vous, O2R est un prolongement ou un projet nouveau ?
Il y a quelques années, nous avons mené l’action Trans’mission avec la mission locale, expérience sur laquelle nous nous sommes appuyés pour créer « À vos côtés, vers l’emploi ». Mais c’est un projet nouveau. Nous l’avions présenté une première fois en 2023, mais il n’avait pas été retenu à l’époque. L’année dernière nous l’avons relancé, en le modifiant pour le présenter à nouveau. Notre première version était trop poussée, nous avions inclus trop de choses avec une enveloppe financière qui s’est révélée insuffisante. Nous avons tout remis à plat, en s’appuyant sur les partenaires du territoire et avec un outil plus mobile, le CAMS (camion solidaire) qui nous permet de partir à la rencontre du public.
D’une proposition à l’autre, qu’avez-vous modifié ?
Nous avions prévu beaucoup d’ateliers et d’actions externalisées, avec des prestataires ou des porteurs de projets du consortium, comme de la confiance en soi, le travail sur son image, etc. Aujourd’hui on s’appuie davantage sur nos moyens internes pour répondre aux problématiques de levée des freins, par exemple pour le logement, puisque les compétences nécessaires sont présentes au centre social.
Vous attendiez-vous à aborder un public un peu différent ou que vous connaissiez déjà ?
Un peu un mélange de deux. Avec notre casquette Plie, on savait déjà qu’il existe un public qu’on n’arrive pas à toucher. Lo Solan aussi. On travaillait déjà avec des partenaires locaux qui nous faisaient part de difficultés à mobiliser certaines personnes parce que la porte d’entrée n’est pas forcément l’emploi. Qu’il existe plein d’autres difficultés. Donc on savait un peu quel type de public on allait devoir repérer. Vu que nous intervenons sur un territoire très large on ne peut pas s’appuyer que sur les connaissances que nous avons des publics.
Vous disposez d’un outil mobile pour intervenir sur ce territoire, quel est-il ?
C’est un fourgon, le CAMS, pour camion solidaire, dont disposait déjà le centre social, qu’il utilisait ponctuellement pour le public jeune. Pour nous, c’est un outil indispensable parce que, sans lui, on ne voyait pas comment on pourrait couvrir quatre communautés de communes, dont deux en milieu de montagne. Aujourd’hui, on a des plages d’utilisation réservées à O2R qui nous permettent de mener notre repérage en nous rendant sur des places de village, sur des marchés ou en complément de nos interventions quand on va au Restos du Cœur. Comme il est aménagé, on peut y recevoir du public, aider les personnes à faire des démarches, et même animer un atelier. C’est comme un bureau détaché.
Comment décririez-vous les spécificités de votre territoire ?
Nous avons une zone semi rurale, quelques pôles économiques comme Oloron, Orthez, Mourenx, et des territoires qui sont très excentrés, avec un accès à l’information et aux administrations qui est compliqué. La saisonnalité est forte, avec des publics qui viennent faire une saison, puis qui restent sur le territoire et connaissent des périodes d’inactivité. Il a fallu qu’on s’adapte à lui.
Comment menez-vous le repérage ?
Les années précédentes, nous avions avait déjà un partenariat avec les banques alimentaires, les CCAS, les tiers lieux ou les recycleries. Pour « À vos côtés, vers l’emploi », nous avons repris contact avec tous ces partenaires, pour connaître leurs besoins et savoir si l’on pouvait envisager de remettre en place ces partenariats. Nous avons aussi présenté le projet lors de réunions collectives sur différents territoires, ainsi qu’aux maisons France services, même si ça n’intéressera pas la majorité des personnes qu’elles rencontrent. Après les élections municipales, nous envisageons de contacter les secrétaires de mairie et les élus. Nous avons préféré recommencer notre promotion, parce qu’un an et demi s’est écoulé entre la fin du projet et le démarrage de l’autre. Et que le public est plus large, il ne concerne pas que les jeunes.
Nous avons deux référentes qui couvrent l’ensemble du territoire, une sur la communauté de communes du Haut Béarn et de la Vallée d’Ossau, l’autre pour le Béarn des Gaves et Lacq-Orthez. Elles accompagnent les personnes dans toutes leurs démarches jusqu’à la sortie du parcours. Pour passer d’une phase à l’autre, de la remobilisation à l’accompagnement, on fait un entretien tripartite pour que la personne se sente en sécurité et en confiance.
Vous avez une idée précise du profil de publics que vous allez repérer ?
Les publics sont très éloignés de l’emploi, et souvent à la marge de certains systèmes administratifs. Nos deux animateurs en charge du repérage sont formés à l’aller vers. Nos animateurs ont été formés à l’accès au numérique, afin d’aider les gens à effectuer une simple démarche en ligne. Ils ont constaté que les premières personnes rencontrées se trouvaient dans des situations très extrêmes, et on se disait qu’on n’allait jamais pouvoir leur apporter de solution. C’est un public dont les difficultés prennent tellement de place que tout le reste n’est plus important.
Pour l’instant, on est plus sur des personnes de 40 ans que de moins de 26 ans. Peut-être que les jeunes sont un peu plus difficiles à capter. C’est pour cela que nous avons sollicité des éducateurs de rue dans les communes et dans les villes qui en ont, pour voir avec eux s’ils ne connaissent pas des gens qui pourraient être accompagnés dans le cadre O2R.
Comment avez-vous réparti les rôles pour la phase de remobilisation, et quelle durée avez-vous fixé ?
Notre partenaire Lo Solan intervient sur les ateliers de levée des freins, parce qu’ils ont cette compétence animation que nous n’avons pas. Lors de la remobilisation, on effectue un travail sur le CV, la lettre de motivation, la valorisation des compétences et des soft skills, la confiance en soi. On emmène les personnes pour une visite de l’agence France travail du territoire, on les accompagne pour leurs démarches, etc. Tout est fait sur une base individuelle, au cas par cas. La durée de la remobilisation dépend de la personne. Elle peut le cas échéant alterner entre la remobilisation et l’accompagnement, on préfère que le parcours soit tout le temps en mouvement. Notre territoire possède un réseau de partenaires riche et varié, on s’appuie sur eux pour les actions collectives, on ne veut pas proposer des choses qui existent déjà.
Que dites-vous aux gens pour les convaincre d’entrer dans ce parcours ?
On n’aborde pas directement le projet professionnel, parce que souvent le retour à l’emploi, l’administration, France travail, tout ça peut leur faire peur. Notre porte d’entrée c’est l’accès au numérique. On leur propose de résoudre leurs difficultés dans ce domaine, et c’est souvent là que les gens se confient sur leurs problèmes de mobilité, de logement. Le lien de confiance se tisse ainsi, et autour d’un café. On leur explique qu’on peut mettre en place un accompagnement très personnalisé pour lever leurs freins. La plupart en ont envie, mais ils ont encore des craintes et se sont habitués à ne plus sortir de chez eux, à rester dans un environnement qu’ils connaissent. On ne veut pas les brusquer, on sait que ça ne fonctionne pas.
Comment gérez-vous la phase d’accompagnement ?
Pendant cette phase, les deux référentes de Transition 64 restent toujours en fil rouge. C’est la partie où nous faisons intervenir les structures de l’IAE, trois chantiers d’insertion et une association intermédiaire. Nous leur sous-traitons cette prestation parce qu’ils le font déjà pour leurs salariés, comme animer des ateliers pour mettre en avant les compétences, travailler la confiance en soi, la posture en tant que salarié, les attentes des employeurs, lever les préjugés qu’ils peuvent avoir sur les SIAE.
Pour la remise à l’emploi, ce sont les référentes qui sont en charge, ainsi que pour le passage de relais vers un accompagnement plus long et plus pérenne. En parallèle des ateliers, nous cherchons à amener les personnes à revenir vers France Travail ou la mission locale ou encore travailler un projet de formation.
Quels sont vos objectifs ?
Par an, nous devons accompagner 55 personnes. Sur trois ans, 165 personnes repérées et accompagnées. Le territoire que l’on couvre est assez vaste, quatre communautés de communes, 179 communes. Peut-être que nous n’atteindrons pas cet objectif. Pour l’instant nous n’avons pas eu de mauvaise surprise, tout se déroule comme nous l’avions envisagé. Nous avons eu des échanges avec nos voisins d’Insertion Emploi Béarn Adour (IEBA), ils nous ont dit que pour cent personnes repérées, trente-cinq étaient éligibles. Cette réalité, nous la connaissons. Déjà dans le cadre du PLIE nous savons qu’une partie du public est laissé au bord de la route. Mais si on ramène à chaque communauté de communes, ça représente un peu plus d’une douzaine de personnes par an, ce qui nous paraît raisonnable.
Cet article est publié pour le compte de « La Place », la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs de l’AMI O2R et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :
