Le numérique, outil de l’insertion

Paroles d’acteurs #Jeunes #Numérique

Konexio est une association fondée en France en 2016 par Jean Guo, une entrepreneure sociale engagée, dans le but de répondre aux défis sociaux, culturels et professionnels auxquels sont confrontées les personnes éloignées de l’emploi et du numérique. Ayant elle-même connu un parcours migratoire (de la Chine vers les États-Unis), Jean Guo a été témoin des difficultés rencontrées par sa famille lors de leur arrivée dans un nouveau pays. Convaincue de l’importance de l’inclusion numérique pour favoriser l’intégration sociale et professionnelle, elle a décidé de créer Konexio. 

Christine Guinguené est responsable du développement de l’antenne Sud-Ouest depuis 2021, une implantation née d’un essaimage, notamment en Nouvelle-Aquitaine et dans les Hauts-de-France. « À l’origine, nous nous adressions principalement à des publics réfugiés. Aujourd’hui, notre action s’étend à l’ensemble des publics, aussi bien en milieu urbain qu’en zone rurale. Nous accompagnons notamment les seniors, les jeunes en décrochage et les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville. Nous nous appuyons sur des programmes phares, tout en concevant des parcours sur mesure et en adaptant nos actions en fonction des financements disponibles. »

Lors de son implantation, l’association a mené une étude de marché auprès des acteurs de terrain, en interrogeant les mairies, les associations locales, les comités de quartier, afin d’évaluer les besoins des personnes en matière de compétences de base. Son objectif était de repérer tous les acteurs du numérique, où sont les « trous dans la raquette », afin d’intervenir pour les combler en complémentarité des acteurs sur le territoire.

« Nous intervenons en métropole, mais aussi dans des territoires comme le Médoc et le Libournais, des zones rurales où peu d’acteurs sont présents et où la question de la mobilité constitue un véritable frein pour les bénéficiaires. » Konexio observe par ailleurs de fortes disparités entre les territoires urbains et ruraux. La précarité numérique demeure particulièrement marquée dans les zones rurales, encore confrontées à des zones blanches et à un accès limité aux équipements informatiques. Ces difficultés viennent s’ajouter à d’autres freins à l’insertion sociale et professionnelle.

Un éventail de programmes

Au niveau national, l’association porte plusieurs programmes baptisés DigitAll, DigiStart et « Explore Ton Talent ». Elle propose aussi des permanences numériques d’accès aux droits et des ateliers, ouverts à toutes et tous, sur les réseaux sociaux, l’initiation à l’IA, l’utilisation du smartphone, la cybersécurité, etc. Ainsi que des prestations sur mesure pour des entreprises, des associations, des structures comme des ESAT et des résidences autonomie. En Nouvelle-Aquitaine, Konexio a fait le choix pour l’année 2026 de se recentrer sur ces ateliers, ainsi que sur le programme « Explore Ton Talent », destiné aux jeunes décrocheurs, en mode fablab, c’est-à-dire que le programme inclut un projet collectif de fabrication d’objets en 3D au bénéfice d’un service public, comme de la signalétique pour un collège, une mairie ou d’autres structures.

Les participants ont entre 16 et 25 ans, avec comme seul véritable prérequis un niveau de maîtrise suffisant de la langue (niveau B1). Le plus souvent, ils sont sortis du parcours éducatif classique qui ne leur convenait pas. 60 % d’entre eux sont dirigés sur prescription de la mission locale, d’associations ou encore du bailleur Domofrance avec lequel Konexio a un partenariat pour ses résidents. Les autres arrivent par le bouche-à-oreille, par le biais des parents, parfois par la cooptation. Il arrive que certains jeunes ne soient pas retenus, en raison de freins trop importants. Dans ce cas, leur entrée dans le programme est reportée ou ils sont réorientés vers d’autres structures.

« Une fois une douzaine de participants identifiés, le coordinateur réalise pour chacun un diagnostic initial afin de cerner ses besoins et ses aspirations. Sur cette base, il ajuste et structure le programme. Une attention particulière est portée à la mixité et à la diversité des groupes, des éléments jugés essentiels. Toutefois, la parité n’a jamais été atteinte, les jeunes femmes restent minoritaires, sans doute parce que le numérique les attire moins ou qu’elles s’orientent vers des dispositifs qui leur sont spécifiquement destinés. »

Chaque session dure environ 270 heures, réparties sur huit semaines. Cette durée est indicative, elle peut varier en fonction des promotions, des prestataires, des créneaux de visite d’entreprise et des découvertes métiers. « Lorsque l’on décide de créer une promo, on choisit d’abord le lieu, en s’assurant de disposer d’une salle et d’un fablab partenaire. On établit un planning précis, parce que le programme mobilise des heures de formateurs. On fait aussi en sorte d’ouvrir un programme avec un projet collectif établi. »

L’équipe Konexio est composée d’un coordinateur, de conseillers numériques, de bénévoles, ainsi que des formateurs extérieurs. Les bénévoles sont des retraités qui ont une connaissance des outils numériques, des actifs qui ont du temps à consacrer à l’accompagnement, ou encore des jeunes sans emploi qui souhaitent faire du bénévolat et monter en compétences. « On s’adapte constamment, d’une session à l’autre, tout en conservant la porte d’entrée numérique et l’accompagnement vers les métiers du numérique. Cela dit, la volonté des jeunes n’est pas forcément de se destiner à ce secteur. Nous essayons surtout de les « réaligner » avec leur projet personnel, que ce soit une entrée en formation, un retour vers la filière classique et le bac, ou encore, pour les plus avancés, la création d’une microentreprise. Notre ambition reste raisonnable, on ne cherche pas à en faire tous des universitaires, mais à leur redonner confiance, à créer un collectif, un petit réseau pour avancer ensemble vers un projet professionnel, et à les rendre plus autonomes. »

Aider les jeunes à se projeter

Même si le projet professionnel n’est pas forcément la priorité d’un jeune de seize ans déscolarisé et non accompagné, Konexio lui propose de se projeter, sous réserve que ce soit possible et réaliste. Le plus souvent la levée des freins est prioritaire, au besoin par l’entremise de partenaires ou d’assistantes sociales, s’ils ont besoin d’être accompagnés sur les questions de mobilité, de logement, d’addictions, les cours de FLE.

Le participant signe un contrat d’engagement dès son entrée dans le dispositif. Les attentes sont clairement posées : assiduité et participation active aux actions collectives. L’objectif est de formuler une proposition la plus précise possible afin de susciter l’adhésion, de donner envie de s’impliquer et de favoriser la persévérance. Le parcours inclut notamment des ateliers de théâtre d’improvisation, des activités centrées sur la confiance en soi, des jeux de rôle, ainsi que le passage de la certification Pix. Il prévoit également la réalisation d’un projet collectif, comme celui mené en 2025, à savoir la conception en 3D puis l’installation de plaques commémoratives dans le quartier de Bacalan, autour du thème de la Résistance.

« Selon moi, on mesure vraiment l’impact de toutes ces actions grâce aux témoignages et au taux de satisfaction des bénéficiaires. Même si l’on mène par ailleurs des évaluations qualitatives et quantitatives. Le plus important sur le terrain, c’est de constater des retours à l’emploi, des femmes isolées qui retrouvent une place, des auto-entrepreneurs qui créent leur boîte… Après huit semaines, on a souvent des jeunes qui s’inscrivent en formation. Ce qui veut dire que le programme leur a permis d’éclairer leur projet. Pour certains, c’est juste un déclencheur, une prise de conscience, une motivation à se remettre sur les rails. »

Depuis le démarrage de ce projet « Explore ton talent » en Gironde fin 2024, Konexio en est à sa sixième promotion, pour un total d’environ 80 jeunes accompagnés. En 2025, deux sessions ont été déployées à Bordeaux et deux à Cenon pour répondre à des demandes de jeunes des deux rives sans solution de mobilité.

Elle entend poursuivre l’évolution de ses programmes en renforçant le développement personnel, en levant les freins financiers et en valorisant les compétences via des open badges, tout en développant les découvertes métiers avec des partenaires adaptés. Une extension à de nouveaux territoires est également envisagée, sous réserve de financements. Ce dispositif illustre ainsi une approche souple et innovante, fondée sur la coopération territoriale, permettant de proposer des réponses concrètes et adaptées aux besoins locaux en matière d’inclusion sociale et professionnelle des jeunes.