Former pour une alimentation plus saine et durable

Paroles d’acteurs #Organismes de formation

Le GPV Rive Droite est un groupement d’intérêt public qui agit depuis plus de 25 ans pour l’amélioration du cadre de vie, le développement économique et la transition écologique, en lien avec les villes de Bassens, Lormont, Cenon, Floirac et Bordeaux Métropole. Parmi ses actions, le Projet Alimentaire Territorial (PAT), ambitionne de développer une alimentation saine et durable, accessible à tous, et de mettre en place une formation spécifique sur le territoire.

En 2020, le GPV et ses villes membres ont identifié des fonciers permettant d’installer des producteurs maraîchers. En 2022, un appel à manifestation d’intérêt est lancé pour une dizaine d’hectares répartis sur les quatre communes. Cet AMI incluait plusieurs critères. D’abord que ces terrains soient cultivés en agriculture biologique, ensuite que la restauration collective soit l’un de leurs débouchés, enfin que ces installations de producteurs s’inscrivent dans une dynamique d’insertion, de formation, ou a minima de création d’activités et d’emplois.

Après une première étape de sélection, le GPV a accompagné les porteurs de projet retenus pour approfondir leur réponse et s’assurer qu’elle soit bien en conformité avec les intentions du projet. « Parmi les premières candidatures que nous avons eues, » explique Anne Casenave, cheffe de projet Quartiers Fertiles – PAT, « celle de Syméon Gurnade, des Jardins Garonnais, pour une installation de producteurs était assez classique. En parallèle, nous avions celle présentée par Johan Prié, directeur de l’organisme de formation CREDER, qui voulait monter une formation en maraîchage permaculture. Nous avons trouvé pertinent de rapprocher ces deux candidatures individuelles, notamment parce que nous ne voulions pas confier à quelqu’un un foncier entier, à l’année, pour des formations ponctuelles. »

Le GPV a donc encouragé les deux structures à se rencontrer et construire une candidature commune. L’installation des Jardins Garonnais et de ses associés sur le site du Canon à Floirac a eu lieu en 2023. C’est en 2024 qu’a débuté la construction d’un programme de formation entre les Jardins Garonnais et le CREDER, qui se concrétise aujourd’hui. Johan Prié souligne le côté rencontre humaine. « Ce projet, avec le GPV comme pivot, est le résultat d’une rencontre et une « mayonnaise » qui a pris entre Syméon et moi. »

« Le volet transmission m’a toujours intéressé » ajoute Syméon Gurnade. « Beaucoup d’échecs en maraîchage sont liés aussi au manque de partage d’expérience et de formation. La Gironde n’est pas un territoire avec une longue histoire de maraîchage, le volet formation y est assez peu développé. Il existe quelques formations initiales en maraîchage type bac pro, mais très peu de formations continues pour des gens qui souhaitent se reconvertir. »

Pour consolider ensemble leur projet, les deux associés sont allés à la rencontre d’autres partenaires comme le CFPPA, la Chambre d’Agriculture de la Gironde, ainsi que des fermes voisines, dans la perspective d’y faire des visites et partager leurs expériences avec les stagiaires. Par ailleurs, Bordeaux Métropole, qui a le souhait de développer la formation maraîchère sur son territoire, a cofinancé cette formation. Le CFPPA a été retenu pour dispenser cette formation avec le CREDER qui s’occupe de toute la partie orientation, insertion, accompagnement à l’emploi, et les Jardins Garonnais mettent à disposition le plateau technique et porte une partie des enseignements pratiques.

En ce qui concerne la formation elle-même, plusieurs formules avaient été évoquées, comme celle d’un certificat de spécialité en maraîchage bio, ou un titre pro mais qui a été jugé trop long (8 mois). C’est finalement la solution du Certificat de qualification professionnelle (CQP) qui a été retenue, parce qu’elle présentait le meilleur compromis entre la durée, l’objectif et la possibilité d’intégrer des modules de maraîchage sur sol vivant. L’ingénierie et le déroulé pédagogique ont été retravaillés conjointement par le CFFPA et les Jardins Garonnais, dans le but d’amener les futurs candidats au CQP, tout en intégrant des éléments bien spécifiques au maraîchage sur sol vivant.

« Nous sommes partis sur une solution type CQP, parce qu’elle est plus adaptée aux publics que nous visons, à savoir des personnes en voie d’insertion et de reconversion, résidant essentiellement sur la Rive Droite. On voulait que cette formation soit courte, parce qu’il y a toujours des difficultés à maintenir des programmes longs, sachant que beaucoup de candidats, comme les allocataires du RSA, veulent accéder à l’emploi assez rapidement. Notre choix s’est finalement porté sur les CQP agent de production légumière et ouvrier de production légumière, et nous y avons ajouté du contenu pédagogique qui aborde la notion de bio et de sol vivant » précisent conjointement le CREDER et les Jardins Garonnais.

Cette action adopte la durée classique d’un CQP, incluant des visites de fermes et un stage en entreprise. Elle présente l’avantage de former des gens qui, à leur sortie, sont prêts pour la saison qui débute, sur des exploitations en fonction de ce qu’ils ont envie de faire. Ensuite, soit ils poursuivent leur activité en tant que salariés, soit ils envisagent de passer un Brevet Professionnel Responsable d’Entre prise Agricole (BPREA) par exemple, dans le but de s’installer en tant que maraîcher. 

L’intention des partenaires est de constituer des groupes avec une diversité de profils. Faire en sorte qu’il n’y ait pas que des jeunes, mais également des allocataires du RSA ou des personnes en recherche d’emploi de tous âges. Pour les trouver, ils s’adressent aux prescripteurs habituels tels que France Travail ou le PLIE des Hauts de Garonne, et vont promouvoir leur action au sein d’autres dispositifs comme Amorce de parcours. Ils voulaient également pouvoir accueillir, grâce à la structuration par modules, des salariés d’entreprise ou des personnes qui veulent se former sans pour autant en faire leur métier. « Tous les partenaires partagent la même idée, celle d’avoir à terme plein de petites parcelles en production locale ou en autosuffisance, qui peuvent contribuer à l’effort de la collectivité pour créer des supports pour alimenter la population locale. C’est une solution pour vivre avec moins de pétrole, moins de transport. »

« Compte tenu de la nature urbaine et périurbaine du territoire, nous recevons beaucoup de sollicitations. Il y a un vivier important de personnes qui s’intéressent de près ou de loin au maraîchage et qui nous contactent pour des immersions et des visites. Ce sont des personnes qui ont plutôt entre 30 et 45 ans, qui ont déjà connu des expériences professionnelles diverses hors secteur maraîcher. Il peut aussi y avoir des jeunes qui ne se destinent pas forcément à ce métier-là et qui vont trouver plaisir à travailler en extérieur, avec la terre, la nature les plantes, et qui vont préférer ça à rester devant un écran d’ordinateur. »

Pour faire connaitre la formation, une campagne de communication a été menée sur les réseaux sociaux, complétée par un ciblage direct par le biais de différents acteurs locaux de l’emploi et de l’insertion et de réseaux comme celui de l’ANEFA qui peut chercher et répertorier des personnes voulant se diriger vers ce type de métier. Les partenaires engageront en 2026 un effort particulier pour s’adresser à des habitants de la Rive Droite puisque pour l’instant, les stagiaires sont originaires d’un périmètre plus large, jusqu’à Libourne ou Créon.

Les financeurs. Les villes de Bassens, Lormont, Cenon, Floirac. Bordeaux Métropole, le Département de la Gironde et la Région Nouvelle Aquitaine. La Banque des Territoires, l’ANRT, le fonds Quartiers Fertiles de l’ANRU, le ministère de l’Agriculture et l’ADEME et le fonds « Mieux Manger pour tous » du ministère des Solidarités.