
Depuis quelques années, le Pôle d’Équilibre territorial et Rural (PETR) Monts et Barrages (Haute-Vienne) et le Relais d’Insertion Solidaire (RIS), soutenus par les communautés de communes, conduisent une démarche active sur la défense du « Droit à l’emploi ». Cette dynamique territoriale a notamment permis, en 2024, la création d’une Entreprise à But d’Emploi à Saint-Léonard-de-Noblat, dans le cadre de la démarche nationale « Territoire Zéro Chômeurs de Longue Durée » (TZCLD). Dans la continuité de cette orientation, le RIS, situé à Bujaleuf, porte, en partenariat avec le PETR Monts et Barrages et le Tiers Lieu L’Escalier, le projet « Parcours territorialisé vers l’emploi », lauréat de l’AMI O2R en 2025.
Dans quel contexte avez-vous imaginé votre projet sur le « Droit à L’emploi » ?
Le territoire de Monts et Barrages inclut trois communautés de communes, Noblat, où est située l’Entreprise à But d’Emploi (EBE), Portes de Vassivière et Briance-Combade. La démarche liée à la candidature de création d’une EBE a généré une dynamique réunissant des élus, des habitants, notamment des personnes privées durablement d’emploi, et plus globalement les acteurs institutionnels et associatifs du territoire. Il nous a semblé essentiel de poursuivre cette animation à l’ensemble du pays Monts et Barrage, au-delà de la création d’une EBE qui, à elle seule, ne pourrait répondre à la totalité des besoins des personnes privées d’emploi.
Nous avons continué à réunir toutes les bonnes volontés autour d’un « Comité Local pour l’Emploi Monts et Barrages ». Cette instance, sans statut juridique particulier, permet de faire participer tous ceux qui ont envie de faire avancer la lutte contre le chômage de longue durée. À ce jour, nous sommes sur une réflexion autour de la création de nouvelles actions en s’appuyant sur les besoins locaux non couverts ainsi que sur les forces, compétences et ressources existant déjà sur le territoire. Ces activités se regroupent autour de quatre grands secteurs : les services aux habitants et aux entreprises, le réemploi, en particulier de matériaux de construction, la restauration, enfin la gestion forestière et les déchets verts.
Quelle a été la nature de votre réponse à l’AMI O2R ?
Sur notre feuille de route figurait également l’accompagnement des personnes privées durablement d’emploi. Pour notre réponse à l’AMI, nous avons travaillé en consortium avec le Pôle d’Équilibre Territorial et Rural Monts et Barrages, Le tiers lieu l’Escalier à Saint-Léonard-de-Noblat, et le Relais d’Insertion Solidaire de Bujaleuf, pour créer un « Parcours territorialisé vers l’emploi » visant à proposer, dans une approche globale, un parcours d’accompagnement collectif pour les personnes rencontrant de nombreux obstacles.
Vouliez-vous toucher un public particulier ?
Le « Parcours territorialisé vers l’emploi » s’adresse à celles et ceux qui éprouvent de l’appréhension vis-à-vis du retour dans le monde du travail, qui n’ont pas forcément de projet professionnel et qui se retrouvent souvent isolés, dans une situation sociale, financière et/ou psychologique complexe. L’accompagnement vise à faciliter leur insertion professionnelle, à leur faire reprendre confiance, à travailler leur projet, à découvrir les structures du territoire et à surmonter les obstacles qui se trouvent sur leur route.
Comment menez-vous votre démarche de repérage ?
Le repérage n’est pas quelque chose de nouveau dans notre démarche, mais nous avons intensifié notre communication. Nous avons recours à tous les canaux habituels de communication, les bulletins municipaux et la presse locale, la distribution de prospectus dans les mairies ou dans les boîtes aux lettres. Nous avons également informé les secrétaires de mairie qui connaissent bien la population de leurs communes. Nous organisons des informations collectives, dont les dates sont diffusées par les acteurs de l’emploi et les associations caritatives. Et puis le bouche-à-oreille fonctionne très bien en milieu rural. Pour le moment c’est suffisant. De plus, nous devons être réalistes quant au nombre de personnes que nous pouvons accompagner car nous souhaitons maintenir un délai maximum de dix à quinze jours avant de rencontrer individuellement les personnes intéressées.
Faites-vous une sélection à l’entrée du dispositif ?
Pour sécuriser les entrées en parcours territorialisé nous avons une « commission parcours », constituée des acteurs de l’emploi, des structures d’insertion du territoire, de centres de formation… Après avoir rencontré une personne, nous présentons sa situation en commission, pour déterminer les propositions qu’on peut lui faire. L’État et France Travail sont présents, ce qui permet de vérifier l’éligibilité de chaque personne à intégrer ce parcours.
En quoi consiste ce parcours ?
Le parcours territorialisé vers l’emploi est construit pour des groupes d’une douzaine de personnes. Quatre actions sont financées sur deux années, 2026 et 2027. Nous répartirons ces quatre actions sur les trois communautés de communes du territoire. Chaque parcours dure trois mois, avec à l’issue, un suivi individualisé de six mois. Avant de lancer le dispositif, nous avons testé auprès d’un groupe de personnes privées d’emploi la périodicité, le planning et les contenus. Nous proposons une approche pédagogique globale qui comprend des activités autour de la culture et du numérique, en plus du travail classique sur le projet personnel et professionnel avec une forte présence des entreprises du territoire par le biais de visites et d’immersions. Nous alternons les modalités pédagogiques : présentiel ou à distance, synchrone et asynchrone, en classe virtuelle ou en autonomie. Le matériel informatique est prêté à ceux qui n’en sont pas dotés. Nous prenons également en compte le transport pour que les trajets ne soient pas un frein à la participation.
Constituez-vous des groupes avant le début de chaque session ?
Les plannings sont établis en amont du recrutement pour permettre à chacun d’anticiper son organisation personnelle. Nous avons ouvert une première session début mars avec des personnes repérées depuis le début de l’année. La deuxième session va situer en septembre ou octobre. Pour nous, la dimension collective est très importante. Créer un collectif, c’est ne plus être isolé, c’est pouvoir partager des expériences, un réseau, des idées et des opportunités. Cette dynamique collective, nous la mettons en place dans toutes nos actions.
Les trois premiers mois du parcours, il s’agit d’une phase de remobilisation ou d’accompagnement ?
Les deux. Le but est de permettre aux participants d’être dans une dynamique positive en leur proposant des temps collectifs intensifs de remobilisation et des temps d’accompagnement individuel avec un conseiller en insertion professionnelle. L’accompagnement se poursuit tout au long du parcours, jusqu’à ce que la personne ait trouvé une solution durable. Il se poursuit encore six mois après le parcours.
Quand vous commencez votre parcours, avez-vous une visibilité sur toute la durée ?
Le parcours est défini avec un planning établi jour par jour, comprenant les activités, le nom des intervenants, la modalité pédagogique, les objectifs, les temps d’entretiens individuels, etc. Les visites et immersions en entreprise doivent être anticipées. Nous avons prévu une montée progressive en intensité. Le groupe commence par une présence de vingt heures par semaine, pour aller progressivement vers des semaines de trente-cinq heures.
Comment présentez-vous les choses au bénéficiaire ?
La première étape consiste à rencontrer les personnes, à les informer sur les ressources du territoire en matière d’insertion professionnelle et à recueillir leurs attentes. Notre démarche s’appuie sur le volontariat. En fonction des souhaits, des appétences et des contraintes de cette personne, nous allons, avec l’aval de la commission parcours, lui présenter des propositions. Nous proposerons le « Parcours territorialisé vers l’emploi » s’il nous semble que cet accompagnement est le plus adapté à la situation de la personne pour sortir de la privation d’emploi. Nous travaillons dans la transparence, dans un état d’esprit de confiance mutuelle. C’est la personne qui déterminera librement son choix.
Comment arrivez-vous à leur redonner envie ?
Nous n’avons pas à « redonner envie » car les personnes qui nous contactent, qui sont présentes à leurs entretiens individuels ont déjà envie. Nous sommes des facilitateurs et des créateurs de lien. Pour le premier entretien, c’est nous qui nous déplaçons dans leur commune. C’est une marque concrète de notre intérêt réel. Nous ne travaillons que sur la base du volontariat, en étant le plus transparent possible sur les solutions offertes sur le territoire, les démarches à effectuer, les délais, etc. Nous mettons en avant les atouts de la personne, ses compétences, ses souhaits. Nous laissons le temps nécessaire et travaillons dans la durée en gardant le contact tant que la personne le souhaite. Il faut parfois attendre le bon moment. Ces éléments, mis bout à bout, permettent d’installer une relation de confiance mutuelle qui est à la base de notre contrat moral.
Cet article est publié pour le compte de « La Place », la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs de l’AMI O2R et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :
