« Soyons Le Changement » (SLC) est une association d’éducation populaire créée en 2016, qui a pour objectif d’œuvrer pour les perspectives des jeunes, notamment dans les quartiers populaires et les zones rurales.  Elle les aide à découvrir leur vocation professionnelle tout en impliquant l’ensemble des acteurs de l’insertion et de l’orientation des territoires où elle intervient (Gironde, Dordogne, Lot-et-Garonne et Vienne). Sous la marque citiZchool, l’association développe plusieurs programmes comme ecloZion, en partie financé par l’AMI O2R.

Comment avez-vous élaboré ecloZion ?

En 2016, nous avions pensé une première action, citiZchool horiZon, en prévention du décrochage à destination de jeunes toujours dans le système, mais qui se posaient beaucoup de questions sur leur avenir, leur confiance en eux… Elle reposait sur plusieurs axes, comme l’expérimentation de métiers, la découverte de soi, le montage de projet à impact. En 2020, nous avons mené une réflexion sur les jeunes hors système, qui ont souvent été accompagnés, ont testé des choses, suivi des parcours, mais n’ont pas réussi leur intégration et qui, à force, ont perdu confiance en eux et dans les institutions. C’est comme ça qu’a débuté la réflexion sur le programme ecloZion.

Au lancement d’O2R, nous avons constaté que notre parcours répondait aux exigences de l’AMI et nous permettait par ailleurs de résoudre une des difficultés que nous avions, à savoir l’accompagnement financier des jeunes de 18 à 30 ans pendant les six mois du programme. Avant, c’était difficile pour eux de s’engager à temps plein, surtout les plus de vingt-cinq ans. Autre caractéristique d’O2R, c’est que nous avons les jeunes avec nous quatre jours sur cinq, là où d’autres acteurs les encadrent un jour par semaine. Notre parcours est plutôt intensif. À la fin des six mois, on reste en contact avec eux en accompagnement individuel jusqu’à deux ans si nécessaire.

Comment abordez-vous le repérage ?

Nous entretenons des liens avec les éducateurs de rue, les animateurs des centres sociaux, qui connaissent bien les jeunes. On se mobilise avec eux quand ils partent à leur rencontre dans les quartiers, plutôt que de le faire tout seul dans des zones qu’on ne connait pas vraiment. On s’appuie sur un ancrage local tout en amenant une façon différente de parler. Cela dit, il y a des lieux où nos équipes se rendent seules, comme les quais, des lieux culturels, où on retrouve une partie de ces publics. Nous avons aussi avec nous des anciens lauréats de l’action qui ont la trentaine aujourd’hui, qui ont une famille, qui connaissent des jeunes dans le quartier, et qui deviennent des ambassadeurs. On essaie de faire en sorte qu’un d’entre eux accompagne nos équipes, pour qu’il parle de son expérience.

Comment entrez-vous en contact avec vos publics ?

Ces jeunes ont vécu des expériences négatives dans le cadre d’accompagnements classiques. Ils ne sont plus inscrits, à la mission locale ou ailleurs, et il faut aller les chercher. Pour réussir à faire ça, il ne faut pas leur parler directement du travail, parce qu’ils peuvent se mettre rapidement en position défensive. Il faut les aborder par le biais de choses qui les passionnent, en leur montrant qu’ils ont des capacités, même s’ils ont échoué dans tel ou tel domaine, il y a des choses qu’ils savent faire. On a privilégié l’approche qui consiste à aller à leur rencontre, initier un dialogue, leur parler de ce qu’ils voudraient faire. On les pousse à se projeter, à mobiliser leurs capacités. À partir du moment où on sent qu’ils ont la capacité de se projeter, c’est là qu’on leur propose d’intégrer le programme ecloZion.

En quoi consiste cette intégration ?

Elle débute par un entretien, lui-même basé principalement sur les motivations et les freins du jeune. Ensuite le programme se déroule sur une durée de six mois, pendant lesquels on va poursuivre plusieurs objectifs : cohésion, exploration, construction, confirmation, émancipation. Ce qui permet de faire le suivi du jeune dès son entrée et au fur et à mesure de travailler la construction de son projet avec lui.

Les participants suivent-ils certaines étapes ?

Il y a une première phase d’identification et de repérage. Une deuxième de remobilisation, notamment lors du premier mois dédié à la cohésion, pour se sentir en capacité d’avoir un impact sur certaines choses, mobiliser ses compétences. Pendant le parcours, on est toujours en expérimentation, sur le développement des savoir-être, des compétences transversales et psycho sociales, le montage de projets, et des périodes d’immersion dans différentes structures.

On va chercher les jeunes là où ils sont, après il faut transformer l’essai, leur proposer des solutions concrètes. C’est quelque chose qu’on impulse avec d’autres partenaires, à Bordeaux. On cherche à entraîner les jeunes, les inciter à la rencontre avec les entreprises. Certes il y a les vidéos, mais les jeunes doivent se mettre en action. Il ne suffit pas de présenter des métiers comme ça, il faut créer des expériences, des moments de vie, des expérimentations de choses réelles.

Avez-vous fixé des priorités ?

La question du lien est importante parce que l’évolution de notre société fait que nous évoluons souvent dans des silos, et à force, on perd le lien entre les gens. Et quand ils sont exclus, les jeunes le sont de tous les silos et de tous les liens. Il y a des initiatives impulsées par l’Etat, avec le sport, à travers lesquelles on maintient cette connexion avec les citoyens, jeunes ou moins jeunes, souvent ça devient une porte d’entrée. Je pense que, notamment dans les quartiers populaires, il faudrait que, au-delà des centres sociaux qui n’ont pas la capacité de tout absorber, proposer plus d’activités culturelles et sportives qui permettent l’implication d’une grande partie des habitants. C’est ainsi qu’on maintiendrait la cohésion sociale, l’inclusion des concitoyens et un lien qui nous permettrait de faire passer un message.

Avec un peu de recul, avez-vous des observations ?

On a senti, depuis le covid et de plus en plus, d’enjeux de santé mentale, psychologique ou psychiatrique. L’une des causes principales est l’exclusion sociale, alors qu’en apparence, les jeunes sont toujours avec leur téléphone et sur les réseaux sociaux. En fait, ils ont peu de véritables interactions sociales et ressentent une exclusion qui pèse sur leur santé mentale et psychologique. C’est un cercle vicieux. Pour sortir de l’exclusion sociale, ils vont sur les réseaux, vont avoir l’impression de participer, avoir un faux sentiment d’appartenance. Mais ils s’incrustent dans leur situation d’isolement. Nous croyons beaucoup au collectif, à la dynamique de groupe, de confrontation même, parce qu’on n’a pas tous les mêmes visions. Il faut qu’ils apprennent à coopérer.

Que faudrait-il améliorer dans nos approches collectives ?

Je pense que nous aurions fortement besoin d’un regard de sociologue, de philosophe afin d’analyser la société d’aujourd’hui et prendre en compte ces questions d’exclusion, de la place du numérique, afin de produire des nouvelles façons de faire société. Parce qu’on est en train de briser les liens qui unissent les gens. Il faudrait reconstruire une identité, une utopie commune, même si on n’est pas toujours d’accord entre nous, parce qu’on est dans le même bateau, pas chacun dans le sien.

Depuis 2016, notre objectif reste le même, celui d’accompagner des jeunes en QPV et en zone rurale. Avec une volonté d’impliquer l’ensemble des parties prenantes. Le contenu et la façon de présenter notre action ont évolué au gré des remontées de terrain, des jeunes et des partenaires. On a progressivement constitué une mallette à outils. Le travail en coopération permet de changer les postures. Notre moule pédagogique reste le même, ensuite on s’adapte aux réalités de chaque territoire. Sur le programme horiZon, on a eu quarante groupes en 2024-2025 sur quatre départements, ça a donné quarante programmes différents. La façon de les construire est la même, mais le contenu est différent selon les réalités, les difficultés, les obstacles locaux.

Comment les acteurs ont-ils réagi à votre arrivée ?

Il nous reste des portes à ouvrir. Nous avons présenté notre arrivée, non pas comme une nouveauté sur le territoire, mais comme un complément. Notre rôle n’est pas d’ajouter une brique, mais de créer un lien entre les briques existantes, avec une façon nouvelle d’aborder les choses. Cela permet à chacun de montrer ce qu’il fait, ses approches, son implication auprès des jeunes. Le plus souvent, on n’est pas les premiers à vouloir impulser une rencontre et un lien entre les entreprises et les jeunes. Les professionnels sont d’accord pour recevoir des jeunes, mais ne savent pas toujours quoi leur dire, comment encadrer des classes entières. Ils ont parfois l’impression que ça ne sert à rien. On propose de travailler avec eux pour créer des mises en situation qui vont, par le jeu, faire participer les jeunes, les faire travailler sur la déconstruction des préjugés de part et d’autre, sur les métiers, les professionnels, les secteurs, etc.

Ça n’a pas été facile de mettre tout en place, il y a toujours des choses à travailler, mais notre proposition plait aux uns et aux autres. Les baisses de dotations nous forcent, nous les acteurs de la jeunesse et de l’éducation populaire, à créer des coopérations, expérimenter de nouvelles façons de faire qui ont le plus d’impact possible tout en optimisant les coûts.

Cet article est publié pour le compte de « La Place », la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs de l’AMI O2R et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :