
L’association Article 1 a été créée en 2018 à la suite de la fusion de deux autres structures plus anciennes, Frateli et Passeport Avenir. Son objet est la lutte contre les déterminismes géographiques, sociaux, économiques, avec pour crédo « que les jeunes prennent le pouvoir sur l’avenir. » Ségolène Bunel est la responsable de l’antenne régionale en Nouvelle-Aquitaine, qui compte une dizaine de salariés à Bordeaux. Auriane Caminade en est la coordinatrice des actions prébac.
Dès la première année, l’association est intervenue dans sept lycées partenaires. En 2026, elle travaille avec vingt établissements répartis dans tous les départements, sauf Dordogne et Creuse. 80% d’entre eux sont dits « prioritaires. » « Nous sommes désormais dans une logique de stabilisation de nos actions, » précise Ségolène Bunel. « Avec 175 ateliers animés par an, 3 500 jeunes rencontrés, nous avons atteint a priori nos limites. Dans tous les cas, il nous paraissait important de ne pas nous cantonner aux grandes villes étudiantes, mais nous développer sur d’autres départements, ainsi qu’en zone rurale. Cela ne se fait pas du jour au lendemain, parce que la ruralité implique des déplacements, autant pour nos bénévoles que pour nous. »
C’est le rectorat qui en quelque sorte « désigne » les établissements prioritaires en fonction de leur implantation en zone rurale (ZRR), ou en QPV, ainsi que leur indice de position sociale. Certains établissements retenus ne sont pas prioritaires selon ces critères mais, par exemple, on peut y trouver des filières technologiques avec des élèves qui, eux, sont prioritaires. Ils sont alors éligibles aux actions de l’association.
Les actions d’Article 1 consistent à animer des ateliers au sein des classes, de la seconde à la terminale, pour les filières générale, technologique et professionnelle. Après un premier contact avec le proviseur, le conseiller principal d’éducation, le Directeur Délégué aux Formations Professionnelles et Technologiques en établissement (DDFPT) ou autre représentant de l’orientation dans l’établissement, et une présentation de la démarche, la nature de l’intervention ainsi que le niveau des classes concernées sont décidés conjointement, sur la base des besoins des élèves. « On ne dit pas oui à chaque fois, cela dépend de nos capacités. Parfois le rectorat nous informe qu’il n’est pas recommandé que nous nous rendions dans tel établissement, parce qu’il y a déjà un programme en place. Parfois certains lycées voudraient accueillir des ateliers pour toutes leurs classes, mais on ne peut lui en proposer que quelques-uns. »
Un binôme pour animer les ateliers
Les ateliers ont tous le même format. Des séances de deux heures, conduites par des animateurs salariés, en binôme avec un bénévole professionnel ou étudiant. Selon les cas, elles sont consacrées au thème de l’orientation dans les études supérieures, ou à celui de l’insertion professionnelle. Le choix de la thématique est déterminé par le principal objectif poursuivi par l’établissement. En filière générale, Article 1 pousse les lycéens à ne pas s’auto censurer vis-à-vis de leurs choix d’études supérieures. En filière professionnelle, elle va davantage aborder conjointement les deux aspects, études supérieures et insertion, parce que certains jeunes vont viser directement l’insertion professionnelle.
Pour les ateliers orientation en études supérieures, elle parle de la meilleure manière de faire ses choix, quelles questions se poser, comment apprendre à se connaître, identifier ses compétences, valoriser ses expériences, etc. Ensuite, à l’étape Parcoursup, comment se mettre en avant, comment se projeter, organiser son déménagement, profiter d’aides financières. Un bénévole étudiant vient témoigner et partager son expérience. Ces présentations sont suivies d’activités ludiques et d’échange avec les jeunes, qui leur permettent de développer des compétences en communication orale, en pédagogie, en patience.
Autre version, les ateliers « insertion professionnelle », plutôt à destination des filières professionnelles et technologiques, où le travail va porter sur les codes professionnels, les compétences transverses, les façons de présenter sa candidature dans le milieu professionnel, notamment au travers des simulations d’entretien. Cette fois, les bénévoles sont des professionnels qui décrivent leur parcours, souvent peu linéaire, fait de réorientations, de plusieurs métiers. Ces témoignages rassurent et déculpabilisent les jeunes… En filière professionnelle, il est également intéressant de montrer aux élèves qu’ils peuvent envisager une prolongation de leurs études après la voie professionnelle.
Selon Auriane Caminade, « tous ces ateliers sont pensés comme des parcours sur plusieurs années, même si on ne peut pas toujours les mettre en place dans tous les établissements, parce que cela nécessiterait d’en faire un grand nombre. Dans l’idéal on essaie de voir les élèves en seconde et première, ou première et terminale, en fonction des besoins des lycées. » Une fois que ce travail sur l’orientation et l’insertion a été effectué, et que les jeunes entament leurs études supérieures, ils peuvent bénéficier d’autres actions d’Article 1, comme un programme de mentorat pour des jeunes de fin de terminale, de l’aide à la vie étudiante, à la mobilité, etc. Chaque année des milliers de bénéficiaires sont ainsi accompagnés.
Apprendre à s’orienter
Article 1 cherche à développer chez les jeunes leurs compétences à s’orienter, à mener des recherches, à trouver les bonnes personnes. Elle leur fournit tout un éventail d’outils, de ressources pédagogiques et de contacts pour les aider à trouver un accompagnement personnalisé. Ces ressources sont également mises à disposition des équipes éducatives, enseignants, conseillers d’orientation, psychologues, etc.
« Nous sommes une association d’égalité des chances, d’égalité des possibles. Nous ne sommes pas des conseillers d’orientation, ou des conseillers en insertion professionnelle. En revanche notre ambition est d’amener les jeunes à se poser les bonnes questions. On ne leur apporte pas les réponses, elles viennent d’eux-mêmes. Notre plus-value ce sont les bénévoles qui nous accompagnent, pour partager leur expérience, inspirer les élèves, leur montrer plein de parcours différents. Nos outils digitaux, les exercices qu’on propose pour qu’ils apprennent à se connaître, les aident à prendre un temps pour réfléchir à leur avenir, à se l’approprier. »
Le rôle des bénévoles n’est pas non plus de prodiguer des conseils, mais de livrer leur témoignage. Ils ouvrent les perspectives, expliquent qu’ils ne savaient pas ce qu’ils voulaient faire au même âge, qu’ils ont changé de carrière plusieurs fois, etc. Qu’aucun choix n’est définitif. Ils présentent un grand éventail de profils différents en matière de métiers et de secteurs d’activité. On attend d’eux parfois qu’ils axent leur présentation plus sur les compétences techniques et compétences transverses qu’ils utilisent, comment ils les ont développées. De leur côté, les bénévoles étudiants, selon la thématique de l’atelier, vont plutôt parler de leur expérience avec Parcours Sup, comment ils ont été accompagnés, les effets d’avoir ses vœux ou pas, et diverses questions pratiques comme leur déménagement et leur mobilité.
Le problème le plus souvent exprimé par les lycéens, c’est leur manque d’informations sur Parcoursup, qui change tous les ans. Ainsi que sur les aides financières auxquelles ils peuvent prétendre, et la vie étudiante en générale, à savoir comment trouver un logement, ce qu’est une asso étudiante, les bons plans à connaître, etc. Autre lacune, le peu de mise en valeur des compétences dans ce qu’ils font pendant leurs activités extrascolaires. « Les jeunes sont très centrés sur leurs notes, sur les appréciations, mais ne pensent pas à valoriser ce qu’ils font hors de l’école. Alors que beaucoup d’entre eux sont très investis dans des associations, des clubs sportifs, même dans leur cercle familial. Ce qui est évident aussi, c’est leur déficit de confiance en eux, leur auto dévalorisation. Ainsi que différents freins comme le manque de réseaux, les obstacles à la mobilité dans les ZRR, les blocages financiers, l’auto censure vis-à-vis de certaines filières. »
Pour mieux se faire connaître, Article 1 fait partie des treize structures identifiées « tiers de confiance » par la Région Nouvelle-Aquitaine. Ce label la rend plus facile à identifier et facilite grandement ses démarches de prospection vers les établissements de certains territoires spécifiques qui présentent un enjeu pour elle, comme le Médoc et les Landes cette année. À terme, son objectif serait d’être présente dans chaque département : « Si nous voulons être en accord avec notre mission qui consiste à partir au contact des publics qui en ont le plus besoin, cela aurait du sens à terme de nous implanter là où nous ne sommes pas encore, c’est à dire en Dordogne et en Creuse. »
