
Depuis près d‘une vingtaine d’années, chaque commune de plus de 10 000 habitants doit disposer d’un Conseil Intercommunal de Sécurité et de Prévention de la Délinquance (CISPD). À Royan, c’est au sein de cette instance qu’a été créé un service de prévention et de médiation, porté depuis 2010 par l’association Équilibre. En 2020, cette dernière a connu des difficultés financières et la communauté d’agglomération a demandé à la mission locale de reprendre cette mission dans le cadre de sa politique jeunesse.
« La mission locale est un ensemblier sur le territoire de l’agglomération de Royan », précise Vincent Peron, directeur. « Nous avons entre autres une auto-école sociale, un bureau information jeunesse, un Erip, etc. Et depuis 2022, le service de médiation animé par un moniteur éducateur, rejoint récemment par une éducatrice spécialisée. »
Ces deux professionnels ont pour mission de rester en contact avec l’ASE, la PJJ, les SPIP, la MDPH, les jeunes sortants de prison, les jeunes errants. Ils travaillent à l’articulation de tous les services sociaux en même temps qu’ils effectuent leur repérage. Ils viennent en appui, sur le plan éducatif, aux conseillers en insertion socioprofessionnelle et font également du « main dans la main » avec certains des jeunes qui ont des difficultés à se mettre en mouvement tout seuls, en les accompagnant chez un employeur, dans les administrations, etc.
Un nouveau savoir-faire
« L’idée, c’est vraiment de mettre en place des cadres pour ces publics volatils ou qui n’arrivent pas à s’inscrire dans la durée. Les éducateurs nous apportent également un savoir-faire qui nous manque en mission locale, parce que nous avons tendance à vouloir tout régler par nous-mêmes. Les éducateurs sont habitués à travailler en lien avec les partenaires sociaux. Ils nous apprennent à ne pas vouloir tout faire et à travailler en collaboration avec d’autres acteurs. »
Le service intervient à la demande de l’agglomération dans les collèges et les lycées pour déployer l’exposition « 13-18 Questions de Justice », qui présente les droits et devoirs, à partir de quand on est pénalement responsable, ce qu’on encourt en cas de harcèlement, de consommation de drogue, d’ivresse sur la voie publique. C’est une façon pour la mission locale de se signaler auprès des jeunes dès la classe de 4e.
En juillet et août, les éducateurs se rendent sur la plage à des horaires atypiques, de 16h à 1h du matin, afin de faire de la prévention auprès des jeunes, autour des feux à proximité de la forêt, autour des consommations de différents produits lors des festivals, sur la gestion des déchets ou la sécurité routière. Ils distribuent des protections anti GHB, sensibilisent les jeunes filles aux risques qu’elles pourraient rencontrer. Cette action estivale concerne toutes les communes du littoral, elle est préparée conjointement avec les mairies et les services de police qui identifient les lieux fréquentés par les jeunes sur les plages, sur le port, les bars, les discothèques, etc.
Par ailleurs, les éducateurs échangent avec les communes par l’intermédiaire de fiches navettes qui précisent le lieu et l’heure de leur passage. Dans ces fiches, ils font remonter leurs observations, et s’efforcent de casser certaines représentations et clichés, parfois entretenus. Ainsi, les mairies savent où et quand le service prévention s’est déplacé. Elles peuvent faire des signalements et demander son intervention le cas échéant.
Au chapitre des observations post Covid, une tendance de certains jeunes à « privatiser » leurs temps festifs plutôt que de sortir, d’aller dans des bars. Ce qui ne manque pas de poser des problèmes, puisque dans la sphère privée les consommations et les conduites à risque ne sont pas visibles. Dans le même temps, la proportion des très jeunes, de 12 à 15 ans, augmente sur la voie publique.
Sur l’aspect éducatif, des contrats d’engagement sont proposés aux jeunes, ainsi qu’une prise en charge plus prononcée puisque, dans son travail habituel, le conseiller mission locale aura tendance à prescrire, à définir un plan d’action, des démarches à effectuer. Mais cette approche ne fonctionne pas avec tous les jeunes. « La grosse différence avec nos actions classiques, c’est le débordement sur la voie publique. Souvent on dit de nous que nous sommes le France Travail pour les jeunes, nous faisons partie du paysage institutionnel. Si à cause de cela, un jeune a des réticences à venir à la mission locale, on peut le rencontrer dans un café, ou dans un autre cadre moins formel. Le service de prévention nous permet d’être à la frontière entre la voie publique, l’extérieur et tous les dispositifs que l’on propose. »
La mission locale a tout de suite considéré le service de prévention comme étant à la fois sa porte d’entrée et un filet de sécurité pour une certain nombre de jeunes peu mobilisés, ou qu’elle n’arrive pas à maintenir en dispositif. Il agit en complément, en menant des actions qui n’existaient pas auparavant, que ce soit en matière de repérage ou d’interventions régulières dans les établissements scolaires. Les éducateurs sillonnent toute l’agglomération, ils interviennent auprès de mineurs, de collégiens et lycéens qui ne sont pas déscolarisés, et parfois, lors de leurs maraudes l’été, auprès d’adultes de 35-40 ans qu’il faut également réguler. Autrement dit, ils agissent sur un spectre de publics beaucoup plus large que celui de la mission locale.
La conversation, outil de l’aller-vers
Autre différence, le fait que les conseillers interagissent avec des publics qui viennent les voir, mais ne sont pas formés à partir à la rencontre d’un groupe en train de boire et de fumer sur la plage. Ils n’ont pas cette culture de travail. Les éducateurs, en revanche, ont la capacité d’aller vers eux spontanément, leur outil principal est la conversation. Ils savent comment les aborder et comment ensuite faire la promotion des services de la mission locale.
« En ce qui concerne les « invisibles », nous travaillons avec des Maisons d’Enfants à Caractère Social (MECS) par exemple. On peut avoir des jeunes décrocheurs, mais encore pas officiellement sortis du système scolaire. Ce qui est important c’est que les éducateurs prennent attache auprès d’eux pour qu’ensuite, on les fasse basculer sur l’offre de service de la mission locale. » Ainsi, il peut arriver qu’un conseiller de la mission locale interpelle un éducateur pour un jeune qui a besoin d’être accompagné pour se rendre à la mairie, dans une administration ou aller faire du sport. Au besoin, la rencontre peut se faire au domicile, si c’est à la demande de la famille.
À Royan, la majeure partie des politiques jeunesse passent par la mission locale et le centre socioculturel. « Récemment, j’ai présenté le projet associatif de la mission locale au bureau des maires des 33 communes. Tout le monde nous connaît, tout le monde est complètement satisfait autant du service prévention que de la relation entreprise que de l’accompagnement des jeunes. Je ne dis pas que tous les élus savent ce que nous faisons dans le détail, mais tous savent que jeune rime avec mission locale. »
« Tous les partenaires et services sociaux sont très heureux de pouvoir s’appuyer sur nous pour se délester de certaines missions. Ça se fait de façon réciproque, il y a des échanges entre nous, on n’y va pas en sauveur. Autant pour des conseillers c’est plus compliqué, autant pour des éducateurs, en tout cas ceux que je connais, s’appuyer sur les autres, faire du relais, travailler en coordination, est tout à fait naturel. »
