
« Ascenseur pour l’emploi » est un projet O2R porté par la Maison de l’emploi du Grand Périgueux, en consortium avec la mission locale de Bergerac, l’association Trajectoires et l’école de la deuxième chance de Dordogne. Mélanie Fredon en est la coordinatrice. Elle avait déjà été responsable, en 2020, du programme « pour une insertion professionnelle réussie des réfugiés », dans le cadre du PIC IPR (Intégration Professionnelle des Réfugiés).
Est-ce que « Ascenseur pour l’emploi » s’inscrit dans la continuité du PIC IPR ?
En termes d’accompagnement global, on est dans le même esprit, c’est-à-dire la levée de tous les freins sociaux et professionnels, le logement, la santé, pour aller vers l’insertion sociale et professionnelle. Un autre point commun est la rémunération qui aide à avancer sur certaines situations compliquées. Sur le groupe O2R de la MDE en 2025, il y a deux tiers de personnes étrangères, pas que des réfugiés, et un tiers de personnes françaises.
Quelle est la répartition des responsabilités au sein du consortium ?
On est tous responsables de nos actions et nous avons chacun nos objectifs en plus de notre objectif commun. Le rôle de la MDE est de récupérer chaque trimestre les données des trois autres structures pour les communiquer à la plateforme et de coordonner les actions du consortium au sens large, organisation, bilan, échanges de pratiques. Pour ce qui concerne l’accompagnement, la mission locale mobilise une personne à temps partiel, l’association Trajectoires aussi, et l’E2C a deux personnes à temps partiel également, une à Bergerac et une à Périgueux. Nous organisons des réunions tous les trimestres. Mais chacun garde la main sur ses accompagnements.
Puisque vous évoquez les objectifs, quels sont-ils ?
En 2025, chacun avait un objectif de dix personnes, soit un objectif de quarante pour le consortium. En 2026, l’objectif passe à dix-huit personnes par structure. Et à vingt-cinq en 2027, ce qui s’annonce assez compliqué. La loi plein emploi, en plein essor, nous « complique » un peu la tâche puisqu’elle impose d’inscrire tous les publics en recherche d’emploi à France travail, à la Mission locale ou au Département. Mécaniquement, le nombre des personnes qui répondent aux critères O2R se réduit. Pour une partie, ceux qu’on ne voit pas, c’est un souhait de rester hors radar. Je me dis que si on ne les trouve pas, c’est peut-être aussi que notre territoire est globalement bien desservi en structures d’accompagnement, qu’elles sont bien identifiées et que les gens les fréquentent.
Et en matière de repérage, vous avez appliqué le même principe ?
Chacun des membres du consortium a mené son repérage sur son territoire attribué. Mais nous gardons la volonté de travailler ensemble, de rediriger une personne vers un autre membre si le cas se présente. Pour notre part, nous avons créé nos supports de communication début janvier. Avec l’aide d’une collègue, nous nous sommes déplacés dans la plupart des communes du Grand Périgueux. Nous avons présenté notre action dans les mairies, les CCAS, auprès des associations caritatives, des centres de formation. Nous étions présents à beaucoup de forums et de salons. Nous avons également participé à des réunions collectives au Département pour présenter le dispositif aux assistantes sociales et aux référents RSA, etc. En parallèle, beaucoup de communication sur les réseaux sociaux. Nous les sollicitons encore régulièrement pour ne pas être oublié, et leur demandons d’être nos yeux et nos oreilles pour repérer ces personnes et les orienter vers nous.
Avez-vous des profils de publics particuliers ?
J’ai identifié plusieurs typologies de publics. La première, ce sont les étrangers qui arrivent sur le territoire, souvent les épouses ou enfants de réfugiés arrivant par voie de réunification familiale. La deuxième, les gens qui sortent de longue maladie, qui ont subi un accident de la vie, et ne peuvent plus exercer leur métier d’avant, sans trop savoir par où commencer cette reconversion. Certains touchent l’AAH ou une pension d’invalidité, ce qui n’est pas compatible avec O2R. Mais ils ont vraiment besoin d’aide pour se remobiliser, retrouver confiance en eux, besoin qu’on les revalorise, et si possible qu’on les aide à reprendre une petite activité ou une formation. La troisième, ce sont les parents au foyer, qui gardent les enfants. Et qui se sont complètement oubliées pendant des années. Lorsque tous les enfants sont scolarisés ils envisagent à nouveau de reprendre une activité mais ne savent pas toujours comment s’y prendre.
Cette typologie, elle est classique ou vous l’avez découverte avec O2R ?
Je trouve que le public O2R ressemble un peu au public PLIE, des gens avec des problématiques de santé physique ou psychique, qui n’ont pas travaillé depuis longtemps. Avec « Ascenseur pour l’emploi », je vois des gens fragiles, mais qui ont quand même la volonté nécessaire pour arriver jusqu’à moi. Je leur propose un accompagnement intensif, parce que je n’en ai pas beaucoup, donc je les vois assez souvent. Neuf mois, au fond, c’est une durée très courte pour des gens qui partent parfois de très loin. Concernant les publics étrangers, sur le plan administratif, tout est tellement compliqué en France pour eux, que ce dispositif qui vient en amont est un réel atout permettant de supprimer de nombreux freins avant de pouvoir se lancer dans l’insertion professionnelle.
Vous avez rencontré des profils atypiques ?
J’ai aussi accompagné une dame titulaire d’un master en anthropologie archéologie, et une épouse de gendarme qui a passé quelques années dans les DOM-TOM. C’est un public que je ne m’attendais pas à rencontrer avec 02R. Elles ne vivent pas de difficultés financières énormes, ni de logement, car les époux travaillent, elles maitrisent les codes sociaux, mais elles ne savent plus vraiment où elles en sont, suite à des besoins de reconversion forcée liés à leur santé ou à un changement de région, et ne savent plus quoi faire. Il y a toujours quelque chose à leur apporter, un CV à modifier, un réseau à reconstruire, des expériences à réaliser par le biais de stages ou de rencontres avec des employeurs. Le travail d’accompagnement avec ces personnes là est diffèrent de celui auquel je suis habituée, mais c’est aussi la richesse de ces dispositifs, la richesse de la diversité.
Pour la remobilisation, vous misez sur l’approche collective ou individuelle ?
Au départ, j’avais prévu de mettre en place un programme collectif de remobilisation sur trois mois. Avec pour ambition d’en faire trois fois par an. J’ai pu en organiser un d’avril à juillet 2025 avec les six ou sept premiers participants. Ils n’étaient pas tous au même niveau, mais tous dans le bon état d’esprit. On a fait beaucoup de choses ensemble, notamment des ateliers de groupe pour travailler la confiance en soi, l’estime de soi, la posture professionnelle, des sorties et des simulations d’entretien. C’était parfait, mais je n’ai pas réussi à le refaire. C’est-à-dire que je n’ai pas assez de personnes disponibles au même moment pour entamer une remobilisation collective. Donc je le fais en individuel, en face à face, mais dés que j’en aurai l’occasion je ferai à nouveau un groupe, car le collectif est une vraie force en remobilisation.
Ponctuellement, je peux les associer aux ateliers collectifs des partenaires de France travail, pour valoriser son image professionnelle par exemple. Ou des choses organisées par l’AFPA, l’INSUP, le CIDFF. Je m’appuie sur les collectifs d’autres intervenants tant que je ne dispose pas des ressources en interne.
Comment intégrez-vous les gens ?
À partir du moment où la personne est repérée et qu’elle est orientée vers moi, je la contacte et je lui propose un premier entretien. Parfois ça prend du temps, parce que les rendez-vous sont ratés ou reculés, le temps que la personne se sente prête à venir. Quand j’arrive à la voir, on prend le temps de faire connaissance, de présenter le programme, d’établir ensemble un diagnostic socioprofessionnel, on fait le point sur ses freins. À la fin de ce diagnostic, si elle accepte de s’engager, j’ouvre la phase de remobilisation et d’accompagnement individuels, et je lui propose un programme avec des étapes. L’idée étant de coconstruire un parcours vers l’insertion sociale et professionnelle.
Faut-il comprendre que remobilisation et accompagnement forment un tout ?
Dès que je commence la remobilisation individuelle, je débute l’accompagnement en parallèle. Nous travaillons sur la confiance en soi, l’estime de soi, la posture etc. Pour les bénéficiaires, tant qu’ils sont dans le dispositif, la remobilisation est nécessaire jusqu’au bout. Ce sont des gens qu’il ne faut pas lâcher, parce que à tout moment ils peuvent replonger et repartir dans une mésestime d’eux-mêmes, et s’isoler de nouveau. Il faut qu’on leur propose de faire des tas de choses différentes, qu’on les garde dans un certain rythme, qu’ils y reprennent goût, se rendent compte qu’ils sont utiles à la société et qu’ils ont une raison de se lever tous les matins. C’est pour ça que je tiens à ce que la remobilisation, la remise à niveau, intervienne tout le long du parcours, qu’elle soit complètement mêlée à l’accompagnement.
Dans les freins identifiés, considérez-vous que certains sont plus importants que d’autres ?
La mobilité revient tout le temps. Je ne sais pas sur les autres territoires, mais chez nous c’est un frein majeur. Souvent, ce sont les problèmes financiers qui font que la personne n’est pas mobile, parce qu’elle n’a pas eu les moyens de passer le permis ou d’acheter un véhicule. Sinon, toutes les personnes que j’accompagne connaissent des difficultés d’accès aux droits et avec les démarches administratives. Beaucoup de problèmes sur des dossiers RQTH, à la CAF, aux impôts, des difficultés de logement et de santé. Particulièrement pour les publics étrangers.
En termes de sortie positive vous ne visez pas forcément l’emploi ?
Notre but ça n’est pas forcément le retour à l’emploi, mais le « raccrochage » au RPE. Je me fixe comme objectif que les personnes ne partent pas sans rien, qu’il y ait toujours une prise de relais derrière. Si c’est un emploi ou une formation, c’est parfait. Ça veut dire qu’en neuf mois, on a réussi à les remobiliser, à élaborer un projet professionnel pour ceux qui n’en avaient pas, ou à trouver la formation qui leur convient. C’est très bien, mais c’est rare. Sinon, j’oriente les personnes, en fonction de leur situation, vers le PLIE, le CIDFF ou l’Établissement Public Départemental de Clairvivre qui accueille et accompagne des adultes handicapés. Il arrive également que certaines soient trop empêchées pour se remobiliser et faire un parcours, pour des raisons psychologiques ou d’état de santé. Dans ce cas, elles sont réorientées vers les services sociaux du Département.
Cet article est publié pour le compte de « La Place », la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs de l’AMI O2R et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :
