
« Ma réussite professionnelle » est un dispositif O2R de l’AFEPT qui vise à repérer, remobiliser et accompagner des publics les plus éloignés de l’emploi et les vulnérable vers le retour à l’emploi et le raccrochage aux dispositifs de droit commun. Il s’inscrit dans la continuité de l’expérimentation « Ma réussite » (PIC RMPI). Lisa Drai, directrice, et Frédéric Gameiro, responsable du pôle insertion Gironde, nous présentent cette action qu’ils coordonnent.
En quoi consiste votre dispositif « Ma réussite professionnelle » ?
Fin 2024 nous avions deux projets distincts. Un sur la Gironde qui vise un public de jeunes décrocheurs, les NEETS, que l’on cherche pour les accompagner de façon complètement individualisée, à l’aide de toute une organisation pédagogique. Le deuxième dispositif, « Ma réussite professionnelle en Terres de Chalosse », est animé en consortium avec un de nos partenaires, le tiers-lieu le KL’HUB. Il se situe dans les Landes, entre Mont-de-Marsan et Dax. Ce sont deux projets qui ont leur propre écosystème et qui fonctionnent de façon parallèle, avec le même outillage sur les suivis, les modalités d’accompagnement et de motivation de ces publics. Mais on sent bien qu’on intervient sur deux territoires très différents avec des publics qui ont leur propre problématique.
Nous continuons à œuvrer en 2026 sur ces deux projets, avec des équipes dédiées à chaque fois. Nous n’avons pas la même volumétrie dans les Landes, qui ont des besoins différents de ceux de Bordeaux métropole ou de la Gironde. Aujourd’hui, nous visons une centaine de jeunes repérés par an sur la Gironde, une vingtaine de personnes dans les Landes, avec un taux de mobilisation qui s’établit entre 50 et 60%.
Depuis la première version de cette action, avez-vous modifié votre approche ?
Cette année, nous avons intégré un nouvel outil, « Ma réussite mobile », hérité du dispositif « E2C mobile ». Il s’agit d’un van aménagé, une sorte de bureau mobile qui sillonne le bassin d’Arcachon ainsi que le sud Gironde, le Val de l’Eyre et le Langonnais. Nous l’avions utilisé pendant l’expérimentation CEJ Rupture, qui nous a permis d’amener le droit commun dans les zones rurales. Il avait été très apprécié par les missions locales et par le public. Il nous permet d’aller au plus près des personnes qui ne peuvent pas se déplacer. C’est un très bon complément de nos permanences qui sont désormais bien identifiées, à Bordeaux, Talence, le Haillan, Langon, à Lormont ou encore dans le quartier de la Benauge.
Visez-vous un public particulier ?
Pour cette action, nous disposons d’un cofinancement FSE. Cela nous donne une certaine souplesse parce que nous pouvons étendre l’éligibilité des bénéficiaires au-delà des critères O2R, ce qui nous permet d’accueillir un public plus large. Notre constat, basé sur les expérimentations passées, c’est que lorsque l’on veut aller vers les invisibles, on prend le risque de créer de la frustration chez les partenaires et chez les jeunes. En arrivant sur un territoire, on présente nos dispositifs aux intervenants locaux, mais quand ils nous envoient quelqu’un, on est parfois obligé de leur répondre qu’on ne peut pas l’accompagner parce qu’il ne correspond pas aux critères. La force de « Ma réussite professionnelle », grâce à ce double financement, c’est que notre discours est beaucoup plus simple. On ne parle plus de public, on s’adresse à tout le monde, sans se préoccuper de l’éligibilité.
Pour ce qui concerne le repérage, nous nous appuyons beaucoup sur l’aller-vers et le pair à pair solidaire. Nous avons une personne dédiée à cette tâche. Au-delà de la fonction, c’est la personnalité de la personne qui est importante, parce qu’il y a une vraie dimension commerciale pour aller à la rencontre des partenaires, participer à des événements locaux, utiliser différents canaux de communication, identifier et suivre les « cibles », promouvoir le dispositif et être réactif dans les réponses qu’on apporte. C’est effectivement une mission qu’il nous paraît important d’identifier dans un dispositif, qu’elle soit portée par un coordinateur, par un référent, ou comme pour nous, en ayant une personne entièrement mobilisée sur le sujet.
En quoi consiste la phase de remobilisation ?
C’est la pierre angulaire de « Ma réussite professionnelle ». La phase de diagnostic peut durer de deux à dix semaines. Pendant cette période, nous recevons chaque personne plusieurs fois en entretien, pour faire un point sur sa situation, parler de ses objectifs, de ce qu’elle pourrait et voudrait faire. Le but est d’établir un constat partagé, c’est une sorte de première prise de conscience. Il faut que la personne « conscientise » sa situation. Pour ce public, il est essentiel de ne pas se tromper à cette étape de meilleure connaissance de soi, c’est un vrai centrage sur eux-mêmes.
Une fois l’étape de repérage terminée, le parcours démarre avec nos coachs en réussite qui essaient de les emmener le plus loin possible. Nous ne faisons aucune distinction entre ce qui relève de la remobilisation et de l’accompagnement. Notre parcours est très structuré, il s’appuie vraiment sur nos compétences en tant qu’organisme de formation et sur nos expériences d’Ecole de la Deuxième Chance, de l’habilitation de service public et de notre Atelier de pédagogie personnalisée.
Est-ce que vous misez plutôt sur l’individualisation ou sur le collectif ?
« Ma réussite professionnelle », c’est avant tout un accompagnement individuel. Mais nous avons la possibilité de créer des groupes pour redonner le goût du collectif aux participants, les resociabiliser. Au besoin on peut rassembler quelques bénéficiaires O2R, par exemple pour un petit atelier CV. Nous avons aussi la possibilité de leur faire intégrer des collectifs au sein d’une mission locale, ça marche très bien sur le bassin d’Arcachon par exemple. Grâce à notre van, on peut aller chercher les jeunes très isolés, pour leur permettre de participer à des ateliers de la mission locale. C’est une occasion de leur fait prendre conscience qu’il se passe des choses intéressantes dans ce type de structures.
Quel est le rythme suivi par les participants ?
Pendant les douze mois que dure son parcours, chaque jeune décide du rythme qu’il veut suivre, il ne faut pas qu’il le ressente comme une obligation. En revanche, nous insistons pour avoir avec lui au moins un entretien par semaine, ce qui nous paraît le minimum pour que ce soit véritablement un accompagnement. Il se peut qu’un jeune nous dise que le rythme hebdomadaire, c’est trop de pression pour lui. Dans ce cas, on s’adapte, mais on fait en sorte de l’amener le plus rapidement possible à respecter une certaine régularité. Le plus important c’est de décider avec lui, de s’accorder sur la forme que va prendre son accompagnement.
Comment gérez-vous les sorties ?
On s’attache à ce qu’il y ait toujours un relais qui prenne la suite de notre accompagnement. Nous formalisons tout ce que le jeune a fait avec nous, pour qu’il s’en serve ensuite et s’inscrive dans la continuité de « Ma réussite professionnelle ». Cette action O2R c’est notre capacité à redonner confiance dans l’institution aux jeunes que l’on accompagne, c’est une priorité.
En ce qui concerne les publics, vous avez remarqué des évolutions ?
Nous avons constaté, depuis environ cinq ans, un renforcement des problématiques de santé et de précarité. Les situations sont de plus en plus profondément ancrées. Pour certains jeunes, il ne se passe plus rien depuis des années. Et leurs parents sont dépassés. Ce qui nous étonne c’est la proportion des jeunes concernés. Un autre changement, c’est l’identification des pathologies, c’est-à-dire qu’avant on ne mettait pas de nom sur certains troubles ou difficultés. On parlait juste de décrocheurs. Aujourd’hui nous avons souvent des jeunes qui se présentent comme dyslexiques, dyspraxiques, bipolaires, sans pour autant avoir demandé une reconnaissance de leur état. On assiste véritablement à une sorte de médicalisation du décrochage.
Cet article est publié pour le compte de « La Place », la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs de l’AMI O2R et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :
