Ecoleadeuses, former les futures professionnelles du recyclage

Paroles d’acteurs Programme d’investissement compétences (PIC) et Pacte régional #Femmes #O2R

Le programme Ecoleadeuses est un dispositif destiné à faciliter l’accès à l’emploi dans les quartiers prioritaires de la ville. Son but est de recruter, former et accompagner des femmes dans le secteur du traitement des déchets, vers des emplois où elles n’auraient pas forcément postulé d’elles-mêmes. Il est animé par Limoges Métropole, le groupe Suez et le CIDFF.  

Aymeric Chassin, vous êtes chargé de projets Innovation Sociale chez Suez, et vous êtes à l’initiative du projet Ecoleadeuses, en quoi consiste-t-il ?  

Ecoleadeuses part d’un contexte qui est celui du contrat de performance sur la collecte des déchets à Limoges, assurée par l’entreprise Suez depuis 2023. En résumé, c’est un modèle de contrat qui fixe des objectifs à l’opérateur en termes de qualité du tri, de réduction du volume d’ordures ménagères, d’augmentation de collecte de biodéchets, etc. S’il atteint les objectifs, il perçoit un bonus, s’il est en dessous, il subit un malus. En complément on a aussi des objectifs liés aux clauses sociales, ainsi qu’aux enjeux d’inclusion et d’insertion. Au sein du groupe Suez nous sommes convaincus que les métiers des déchets sont des supports tout trouvés pour accompagner des personnes éloignées de l’emploi.

Après de nombreux échanges, Limoges métropole, le CIDFF Limousin et Suez ont décidé de créer un consortium afin de déposer un dossier à l’ami O2R. Le projet envisagé entre les trois partenaires correspondait tout à fait au cahier des charges, comme le fait de cibler des femmes résidant en QPV avec un certain nombre de freins périphériques et l’ambition de les amener vers l’emploi pérenne.

Pourquoi spécifiquement un public féminin ?

Les référents emploi ont tendance assez instinctivement à orienter les femmes vers des métiers liés à la propreté ou à l’assistance de vie. Les métiers du traitement des déchets sont très mal connus, pourtant ils sont parfaitement accessibles à ce public, qui est par ailleurs régulièrement reçu par le CIDFF. Nous pourrions déployer le programme vers d’autres profils, les seniors, les jeunes, les ruraux, reste à savoir comment, mais sur le principe, c’est quelque chose qui peut être dupliqué. Nous avons bien conscience qu’on n’aura pas vingt-et-une femmes qui vont se diriger vers ces métiers, l’idée c’est d’élargir les choix professionnels à d’autres activités en tension ou à des métiers qui font face à des enjeux de féminisation.

Combien de participantes envisagez-vous à chaque session ?

Le nombre de participantes attendues sur chaque session est de 21. L’objectif étant de concentrer les ressources sur un petit nombre de personnes, pour faire en sorte d’optimiser l’accès à l’emploi. L’ajustement du nombre de participantes a nécessité d’échanger étroitement avec les partenaires pour calibrer leurs prestations. Finalement, la véritable complexité, c’est la coordination des acteurs.

Pour le reste, on ne s’est pas trop éloignés du cadre O2R, afin d’avoir une segmentation suffisamment précise, puisqu’on ne fonctionne pas sur un principe d’entrée sortie continue, mais par sessions de six mois qui commencent et se terminent à une date définie. Notre but c’est de constituer des groupes avant le démarrage d’une session, parce que nous voulons travailler la dimension de cohésion, on pense que ça participe de la réussite de la mise en emploi.

Elise Mazeau vous êtes accompagnatrice au CIDFF et coordinatrice du programme, comment gérez-vous le repérage pour Ecoleadeuses ?

Je me rends dans les quartiers prioritaires pour organiser des informations collectives, suivies de rendez-vous individuels. Je présente le calendrier, avec des semaines de quatre jours qui se déroulent au lycée agricole Les Vaseix. Je rencontre les femmes en allant par exemple dans les fêtes de quartier, pour les informer des dates de réunion. Nous profitons aussi de différentes actions, comme un éco chantier avec notre partenaire Terravox, au quartier le Val de l’Aurence, qui m’a permis de rencontrer des habitants, discuter avec eux autour d’un café, leur parler du programme.  Je reçois également des signalements par des partenaires et des associations auxquels j’ai présenté Ecoleadeuses. Les entretiens individuels sont une étape importante, qui me permettent de revoir les femmes que j’ai rencontrées lors d’évènements, de vérifier si elles ont bien compris et d’établir un lien de confiance.

Vous recherchez un profil particulier ?

Des femmes qui n’ont pas travaillé depuis longtemps ou qui n’ont pas reçu d’accompagnement sur une longue période. À part les critères O2R, nous n’avons pas fixé de conditions d’âge ou de niveau de diplôme. La chose la plus importante pour nous, c’est la motivation, l’engagement à se remobiliser et le souhait d’aller vers l’emploi. Pour la maîtrise de la langue, on s’est calés sur le référentiel B2. Il faut que les personnes comprennent ce qu’on leur dit et puissent interagir avec nous et entre elles.

Quel discours leur tenez-vous quand vous les abordez ?  

Je ne leur parle pas directement de la dimension traitement des déchets. Je leur demande avant tout quelle est leur situation, parce que si elles sont déjà en emploi, elles ne sont pas concernées. Je leur présente les détails du programme, et je leur précise qu’il ne s’adresse qu’aux femmes, c’est important pour certaines d’entre elles. Beaucoup me répondent qu’on leur a déjà proposé des choses similaires, et qu’elles n’ont eu aucun résultat au bout. Je m’efforce de les convaincre et de tout mettre en avant pour leur donner envie.

Comment se déroule le programme ?

Trois jours avant le début de la session, j’organise une réunion de prérentrée pour que les participantes, qui ne se connaissent pas, se rencontrent, s’organisent par exemple pour prendre le bus ensemble. En amont j’ai fait le trajet avec elles, ça les a mises en sécurité, elles se sont senties prises en charge. J’ai préparé un calendrier avec une certaine routine, pour qu’elles sachent que tous les lundis matin c’est équimédiation, tous les jeudis matin c’est sport. C’est une manière de les sécuriser, qu’elles n’aient pas de mauvaise surprise.

À l’issue de la phase de remobilisation qui dure deux mois, et avant l’accompagnement, les participantes suivent un stage. Ensuite, on leur propose différentes activités, de l’équimédiation pour la reprise de confiance par l’animal, du sport à leur rythme parce que beaucoup n’en ont que peu ou pas fait, de la fabrication d’objets au tiers lieu Bâtiment 25, de la sérigraphie, de l’expression théâtrale pour travailler la prise de parole en public. On va également les sensibiliser à la transition écologique, l’économie circulaire, le tri des déchets avec notre partenaire les Petits débrouillards. Il y a une période qui est dédiée à tout ce qui est immersion en entreprises, stage de découverte métiers, etc.

Pourquoi avoir choisi le lycée agricole Les Vaseix, situé à quelques kilomètres à l’ouest de Limoges ?

Trouver des locaux disponibles sur Limoges pour accueillir vingt-et-une personnes pendant des mois ce n’est pas courant. Ce qui est intéressant avec Les Vaseix, qui est à la fois CFPPA et lycée agricole, c’est qu’il y a beaucoup d’espace et des activités liées à notre thématique. Par ailleurs, c’est une structure qui abrite l’Ecole de la Deuxième Chance, avec laquelle nous pouvons faire des ponts. La seule difficulté c’est l’éloignement, mais on dispose de solutions de mobilité, notamment des transports publics.  

Un premier groupe est passé par la phase de remobilisation, quels sont les retours ?

Ce qui revient beaucoup, c’est que les participantes n’ont pas confiance en elles. Pour le moment, il n’y a pas de problème d’entente entre elles. Au contraire il y a plutôt un partage des cultures. On a déjà fait des repas partagés ou chacune va apporter des plats de son pays. L’intervention de notre partenaire Eloquentia sur la prise de parole a aussi eu un impact certain sur le groupe. Les participants ont toutes présenté leur parcours en cinq minutes devant les autres. Il y a vraiment une énergie, elles sont toutes positives, motivées et contentes d’être là.  

Quelle est la place de la dimension métiers du traitement des déchets dans le programme ?

On explique que ces métiers ne se limitent pas à celui de ripeuse, qu’il existe aussi des métiers de réemploi, de recyclage, des services de l’eau, etc. C’est une filière qui a beaucoup évolué, qui est plus mécanisée. On assimile de plus en plus la notion de déchets à celle de ressources et de réemploi. Mais si des participantes veulent se diriger vers l’esthétique, on ne va pas se fermer. On se doute bien que nous n’aurons pas vingt-et-une personnes intéressées par le traitement des déchets. On leur fait visiter des entreprises du secteur, qu’elles voient comment ça se passe, mais le but du programme n’est pas de les contraindre à faire ce choix.

Quels sont vos objectifs en termes de sorties ?

L’emploi ou la formation qualifiante. Une de nos priorités c’est d’une part de pas les lâcher comme ça dans la nature, et aussi de sécuriser la relation avec l’employeur. On ne va pas résoudre en six mois l’ensemble de leurs difficultés donc l’idée c’est aussi de pouvoir les accompagner sur trois, six ou neuf mois selon les cas, de ne pas brutalement couper. Dans nos projections nous voudrions arriver à développer une sorte de réseau alumni entre les participantes, qu’elles puissent échanger, partager, s’encourager.

Cet article est publié pour le compte de « La Place », la plateforme collaborative créée par la DGEFP, dédiée aux acteurs de l’AMI O2R et du PACTE de la Région Nouvelle-Aquitaine :