
Pour exécuter une seule tâche spécialisée comme générer un texte ou une image, et pour arriver à une puissance de calcul du même ordre de grandeur que celle d’un cerveau humain, la puissance consommée par une IA est environ 25 000 fois plus grande. On sait désormais que le coût environnemental des IA, que ce soit au stade de leur développement ou de leur usage, est très lourd. Et ne fera qu’augmenter dans les années à venir. C’est le thème de la table ronde « L’impact environnemental de l’intelligence artificielle » qui se tiendra le mercredi 25 mars. Elle sera animée par Frédéric Neyrat, sociologue, ancien professeur des universités à Poitiers, Bordeaux, Limoges et Rouen.
Pour ceux qui ne connaitraient pas les Journées Vincent Merle (JVM), pouvez-vous nous les présenter ?
Les JVM c’est un carrefour de rencontre entre des chercheurs, des professionnels de la formation et de l’insertion ainsi que des élus, et plus largement toute personne intéressée par la thématique choisie. Quand je dis carrefour, c’est au sens où les rencontres vont être facilitées, parce que chacun essaie de mettre un peu du sien. C’est-à-dire que les chercheurs ne s’adressent pas uniquement à leurs homologues, les professionnels ne ramènent pas tout à leurs pratiques, les élus ou les autorités prennent également du champ. Chacun sort de son créneau. C’est donc un lieu de rencontre entre des gens très différents. Le côté positif des JVM, c’est qu’il y a quand même du monde, beaucoup de monde, qui vient pour écouter et pour intervenir. Cela contraste, désormais, avec nombre de colloques universitaires où le public est restreint… parfois aux seuls intervenants !
Les JVM ont-elles une ambition universitaire ?
Si elles avaient une ambition universitaire, il faudrait adopter les codes universitaires. Alors que nous voulons que toute personne intéressée par le thème puisse venir écouter, poser des questions sans être jugée. Cela dit, nous avons des exigences scientifiques, en termes de fond et de forme, qui se traduisent dans le choix des intervenants notamment mais aussi dans la façon de problématiser les débats.
La thématique de cette année est l’Intelligence Artificielle. Pourquoi ce choix ?
L’Intelligence Artificielle (on en parle souvent aussi au pluriel) est un sujet qui s’est imposé avec une rapidité extraordinaire. Elle s’est diffusée massivement en quelques années. Au départ il s’agissait pour certains de « tester » ChatGPT, et en quelques mois les IA se sont répandues à tous les niveaux d’enseignement, du collège à l’université, ainsi qu’en formation continue. C’est sans doute là une spécificité par rapport à d’autres mondes professionnels, le nombre d’utilisateurs dans le domaine de l’éducation et de la formation est vertigineux, possiblement tous les formateurs et enseignants, tous les formés, élèves et étudiants !
C’est en effet un outil qui se présente comme susceptible de se substituer aux schémas traditionnels de transmission des savoirs. Si en médecine, par exemple, l’IA peut aider à valider des diagnostics, lire des échographies ou des radios, le médecin reste aux commandes. Alors que dans l’enseignement, certains imaginent qu’elle peut complètement se substituer aux formateurs et aux enseignants. C’est une vision extrême, mais au vu de la rapidité de sa diffusion, de la fréquence des usages à tous les niveaux de formation, c’est une question qui nous semblait nécessaire d’aborder.
Avez-vous dégagé une problématique particulière ?
La problématique principale, c’est que l’IA est présente partout. Elle peut être vue positivement, par exemple en termes d’orientation, en ce qu’elle peut faciliter l’accès à un panorama de toutes les formations existantes. Même chose pour tout ce qui est « fouille », au sens informatique, dans un ensemble de données. Donc la tonalité générale semble dans un premier temps plutôt positive
Mais quand nous avons commencé à creuser, on s’est aperçu que certains, en premier lieu des informaticiens, alertaient sur des risques de manipulation de données, ou sur ce qu’on appelle les « hallucinations informatiques » c’est-à-dire par exemple que lorsque l’on demande à l’IA d’établir une bibliographie, elle peut inclure de fausses références.
Autre sujet de préoccupation majeure, le coût environnemental extrêmement élevé de l’intelligence artificielle. Quand on entend le discours dominant, l’IA est un grand progrès, elle nous fait gagner du temps, elle nous économise du travail, etc. Mais on ne voit pas assez les conséquences sur l’environnement et la consommation énergétique. Or quand on regarde les chiffres, c’est très impressionnant. Si, à terme, tous les élèves et étudiants utilisent l’intelligence artificielle pour des questions extrêmement basiques, cela fera des centaines de milliers d’utilisateurs supplémentaires qui, plutôt que d’utiliser une calculatrice, vont solliciter l’IA pour des calculs simples, sans être conscients du coût environnemental engendré.
Selon vous, qu’est-ce que l’arrivée de l’IA présente comme perspectives ?
Nous n’avons pas abordé le sujet sous l’angle des enjeux et des perspectives, mais nous aurions pu aborder certains aspects qui sont au centre des préoccupations de Cap Métiers, comme le rôle que va jouer l’IA dans la disparition d’emplois assez qualifiés. Peut-être que cela entrainera la revalorisation des métiers manuels qui ne sont pas remplaçables par l’intelligence artificielle. La remis en cause de cette hiérarchie, très forte en France, entre métiers manuels et métiers « intellectuels », pourrait influer sur les représentations et les choix d’orientation des jeunes qui ne veulent pas toujours se diriger vers des filières techniques.
La table ronde sur « L’impact environnemental de l’intelligence artificielle » se tiendra le mercredi 25 mars de 10h à 12h dans le cadre des 5es Journées Vincent Merle à Pessac.
