Formation : les ouvriers toujours en retrait

Actus de la semaine Formation – VAE #Entreprises #Organismes de formation

Malgré les politiques en faveur du développement des compétences, les ouvriers restent les salariés du secteur privé qui accèdent le moins souvent à la formation continue, avec des écarts importants selon les entreprises.

Réalisée par l’économiste Agnès Checcaglini et la sociologue Pauline Seiller, cette étude s’appuie sur les données de l’Enquête Formation Employeur (EFE), coproduite par le Céreq, la Dares et France compétences. Elle analyse les pratiques de formation des entreprises privées en 2020 afin d’identifier les facteurs qui expliquent les inégalités d’accès des ouvriers à la formation continue.

Des écarts marqués selon la taille et le secteur de l’entreprise

Les ouvriers demeurent les salariés les moins bénéficiaires de la formation professionnelle continue. En 2020, seuls 36 % d’entre eux ont suivi un stage ou une formation, contre près d’un salarié sur deux parmi les techniciens et plus d’un cadre sur deux. Les résultats montrent que ces écarts s’expliquent en grande partie par les caractéristiques des entreprises. La taille de la structure apparaît comme un facteur déterminant. Les salariés des grandes entreprises disposent de beaucoup plus d’opportunités de formation que ceux employés dans les très petites structures. Ainsi, un ouvrier travaillant dans une entreprise de plus de 1 000 salariés a plus de cinq fois plus de chances d’être formé que son homologue d’une entreprise de moins de dix salariés.

Les inégalités d’accès à la formation varient aussi selon les secteurs. L’industrie et le transport-entreposage se distinguent par des taux d’accès plus élevés (46 % et 45 % contre 36 % en moyenne), notamment grâce à la présence de grandes entreprises davantage investies dans la formation. À l’inverse, les secteurs dominés par de petites structures, comme l’agriculture ou la construction, offrent moins d’opportunités. Ces écarts s’expliquent également par le niveau d’innovation des entreprises, les secteurs les plus innovants investissant davantage dans les compétences.

Des politiques de formation très contrastées

Les auteurs distinguent cinq profils d’entreprises selon leur politique de développement des compétences. Certaines investissent peu dans la formation de l’ensemble de leurs salariés, tandis que d’autres concentrent leurs efforts sur certaines catégories professionnelles. À l’inverse, des entreprises, principalement industrielles ou de grande taille, mettent en place des dispositifs structurés qui permettent de former une très large majorité de leurs ouvriers.

Les organisations les plus engagées disposent généralement d’une stratégie formalisée, identifient régulièrement les besoins en compétences et s’appuient sur des plans de développement des compétences. Cette approche favorise un accès plus équitable à la formation et accompagne les évolutions des métiers.

Une formation avant tout opérationnelle

Lorsque les ouvriers accèdent à une formation, celle-ci répond le plus souvent à des besoins directement liés à l’activité de l’entreprise. Les contenus concernent principalement l’utilisation de nouveaux équipements, les évolutions des procédés de production ou encore les obligations réglementaires en matière d’hygiène et de sécurité, qui représentent une part importante des heures de formation. Les entreprises les plus investies considèrent également la formation comme un levier de performance. Elles évaluent ses effets sur la productivité, la qualité ou encore les délais de production.

L’étude souligne que des politiques de formation structurées peuvent contribuer à réduire les inégalités d’accès tout en répondant aux besoins de compétitivité des entreprises. Des entreprises, notamment industrielles, bien organisées, travaillant avec les OPCO, parviennent à former la quasi-totalité de leurs ouvriers.