
Un article extrait de Diversité, « Revue d’actualité et de réflexion sur l’action éducative », analyse les mouvements à l’œuvre au sein du dispositif des Cordées de la réussite. Il invite plus encore à réinterroger les objectifs d’un dispositif de démocratisation scolaire, devenu au fil du temps outil de mobilité réservé aux élèves enclins au changement.
Dans son article « Les Cordées de la réussite : éduquer à la mobilité depuis les marges », la sociologue Apolline Sauvage confronte les ambitions initiales des Cordées de la réussite avec ses observations de terrain menées dans plusieurs établissements lillois (59), là où les Cordées de la réussite s’avèrent les plus nombreuses, derrière l’académie de Créteil (93). En analysant l’efficience du dispositif au gré de ses évolutions, l’auteure met au jour des mécanismes qui consistent à distinguer les élèves « susceptibles de mobilité » de ceux attachés à leur environnement familier.
Les Cordées en trois temps
- Un dispositif démocratique
Nées en 2008, les Cordées de la réussite portent initialement l’ambition de répondre aux inégalités de l’école de la République. Elles ont en effet pour vocation d’offrir un tremplin vers l’enseignement supérieur aux élèves issus de milieux « défavorisés », tels que les QPV, grâce à la mise en place d’un partenariat entre un établissement « tête de cordée » et un autre « encordé ».
- Un dispositif sélectif
Si le dispositif ambitionnait initialement de rapprocher ces jeunes du centre, au moyen de tutorat et de visites culturelles et/ou universitaires, il s’est peu à peu concentré sur les élèves les plus brillants, en leur facilitant l’accès aux classes préparatoires et grandes écoles, situées dans des zones mieux dotées d’un point de vue académique et culturel. Ce glissement n’est pas sans interroger, dans la mesure où le dispositif ne bénéficie alors plus qu’aux élèves jugés les plus méritants et laisse de côté les plus faibles, écartés en raison d’un bagage scolaire déficient et/ou d’une ambition personnelle divergente.
- Un dispositif réorienté
Une troisième évolution a consisté, en parallèle, à revaloriser les marges et par là même, à réhabiliter l’enseignement supérieur de proximité, soit les formations courtes et professionnalisantes, telles que le BTS.
La mobilité comme compétence
Les Cordées, sous cette forme, ne suffisent pourtant pas à compenser la différence d’opportunités entre la marge et le centre, le manque de moyens humains et financiers rendant la mise en place de tutorat et de visites souvent difficile dans la réalité. Face à ce constat, il convient d’aider les élèves à dépasser leurs appréhensions et à franchir les frontières géographiques et culturelles qu’ils perçoivent, sans pour autant négliger les contraintes familiales et matérielles dont ils peuvent faire l’objet.
Ainsi, l’attractivité du centre continue de prévaloir. Apolline Sauvage observe d’ailleurs dans le même temps une transformation de la périphérie : « La marge n’est plus seulement celle de l’échec ou du manque, elle devient celle de l’immobilité. » Autrement dit, la périphérie ne se définit plus comme une zone où manquent les ressources, mais où les « dispositions spatiales » des élèves, attendues par le personnel enseignant à l’origine de leur sélection, font défaut. Aussi est-il attendu de ces jeunes des périphéries, forts de leur curiosité et de leur motivation, qu’ils s’inscrivent dans la « norme implicite » de la mobilité et quittent leur quartier pour gagner le centre.
La Nouvelle-Aquitaine compte à ce jour quelque 101 cordées et 781 établissements encordés.
